14 syndicalistes sanctionnés à La Poste

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Face à la montée des tensions sociales - lycéen(ne)s, paysan(ne)s, agent(e)s des services publics -, le gouvernement s’efforce de mettre hors la loi celles et ceux qui luttent contre sa politique au service du capital. L’affaire des postiers de Bègles en est une bonne illustration.

Le centre de tri de Bègles-Bordeaux était depuis des mois en lutte contre les suppressions d’emplois. La direction du courrier de la poste souhaite imposer une restructuration générale de la filière courrier, avec des milliers de suppressions d’emplois à la clef. La poste met en œuvre une politique de relations sociales fondée sur l’arnaque. Il s’agit de faire croire que l’on discute, sans céder sur l’essentiel.

À Bordeaux le tarif de cette politique, c’est notamment 40 supressions d’emplois. Aucune des discussions menées par la direction n’a envisagé un scénario ayant l’accord des postier(e)s.

Alors quand les émanations irritantes conduisent les agent(e)s et les syndicalistes à demander l’évacuation du centre (refusée par la direction) et l’intervention des pompiers, qu’à la suite d’une réunion d’information d’un service, la direction effectue des retenues de salaires pour un arrêt de travail de quelques minutes, l’exaspération est à son comble.

À la suite des émanations irritantes, un comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail devait se tenir dans le centre de tri le 25 mai, les agent(e)s décident alors de se saisir de l’occasion pour essayer d’obtenir l’ouverture de véritables négociations sur la réorganisation du centre. Plusieurs dizaines de postier(e)s investissent la salle de réunions et exigent l’ouverture de négociations. À l’extérieur les postier(e)s en grève se rassemblent. Les 5 cadres de la direction restent 20 heures à l’intérieur de la salle de réunions avec 9 syndicalistes et sont libres de communiquer avec l’extérieur.

La direction de La Poste refuse le principe d’une négociation incluant les revendications des agent(e)s. Le 26 mai, elle dépose plainte et le Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN), harnaché comme pour une prise d’otages intervient pour « libérer les cadres ». Les syndicalistes sont placés en garde à vue.

La direction de la poste décide de frapper fort et vite. Au poursuites pénales sont ajoutées des poursuites disciplinaires. Très vite, elle annonce des conseils de discipline pour 14 syndicalistes et demande 6 révocations.

Afin que le message soit très clair pour les postier(e)s, les six demandes de révocations touchent trois militants de SUD et trois de la CGT dont les secrétaires de section des deux organisations.

Pour le niveau local, la direction formule sept demandes d’exclusion de fonctions pour 2 ans et un licenciement du délégué syndical CNT qui est salarié (les autres sont fonctionnaires).

Le 9 juin, l’appel à la grève de SUD-PTT relayé par une CGT-PTT qui n’apprécie pas de ne pas en être à l’initiative est importante (30 à 50 % de grévistes au niveau national) dans de nombreux centres et en particulier parmi les salarié(e)s de droit privé. Un comité de soutien sous la présidence de Gisèle Halimi est crée, mais ni la CGT, ni le Parti socialiste (Fabius compris) n’acceptent d’en faire partie. De nombreux/ses syndicalistes de la CGT, des SUD, de Solidaires, des militant(e)s et organisations politiques de tous bords (dont Alternative libertaire) signent le texte de soutien aux 14 de Bordeaux.

Des manœuvres bureaucratiques criminelles

La direction de la poste prend bien la mesure de la grève du 9 juin et des 35 000 signatures de soutien aux postier(e)s, mais elle joue sur les divisions syndicales des deux principaux syndicats, SUD et la CGT et maintient sa volonté de sanctionner durement les syndicalistes de Bordeaux.

La fédération CGT-PTT qui souhaite devenir l’interlocuteur privilégié de la direction, ne s’en cache pas, elle négocie sur le nombre de révocations. Il y aura deux sacrifiés : Xavier Dauga de SUD et Patrick Prat de la CGT. La CGT estime ainsi qu’elle a réussi à limiter la casse.

Dans le même temps, la défense des 14 s’organise, une défense commune CGT/SUD est mise en place.

SUD appelle à rassembler à Paris devant les conseils de discipline des 7 et 8 juillet 2005. Des préavis de grève sont déposés. La CGT appelle à des rassemblements devant les directions locales… Ambiance.

Dans les heures qui précèdent le premier conseil de discipline, la fédération SUD-PTT obtient l’engagement de la direction de la poste qu’il n’y ait aucune révocation de fonctionnaires. En contre-partie, la direction exige un vote unanime des représentants du personnel pour des sanctions très sévères. SUD-PTT, estimant que le rapport de force inégal ne donne aucune marge, qu’il faut à tout prix éviter les révocations et que cet accord ne met pas fin à la lutte pour la levée de toutes les sanctions, donne son accord.

Le camarade de la CGT, militant de Lutte ouvrière, pressenti pour être la victime expiatoire, comprend, tout comme la direction de LO, que dans cette affaire, la direction de la CGT-PTT le sacrifie. Les camarades de Bordeaux, de SUD-PTT, LO et la CNT, tout le monde est d’accord pour accepter le compromis de la direction de la poste, les élus CGT se rallient également à cette position.

Mais très vite, la situation change, alors que près de 1 000 manifestant(e)s sont rassemblé(e)s devant le conseil de discipline, le secrétaire de la CGT-PTT décide seul de remettre en cause ce compromis qui signifie en creux que la CGT-PTT a mal négocié. Il dénonce publiquement SUD et s’en prend même aux élu(e)s CGT, puis devant la colère de nombre de manifestant(e)s se retire dans un café parvenant à mettre en accord avec sa position partisans de Thibault et des Rouges vifs, pourtant en guerre ouverte dans l’appareil cégétiste, ainsi que le seul représentant du PT.

Malgré ses manœuvres, les révocations sont évitées, mais les sanctions sont très lourdes. Un postier CNT est licencié, ce qui constitue un avertissement clair à tou(te)s les salarié(e)s de droit privé. Six postiers SUD et CGT prennent entre 3 mois et deux ans d’exlusion. Au niveau local, quatre militants sont déplacés d’office.

Les méthodes de division de la CGT-PTT ont fait des ravages. La direction de la poste a ainsi réussi à sortir un maximum de militants du centre de tri de Bordeaux-Bègles.

Si SUD-PTT a eu une attitude correcte, cette fédération a dans le contexte de son récent congrès parfois lancé des mots d’ordre radicaux sans pouvoir les assumer par la mobilisation des postier(e)s.

La lutte pour le retrait de toutes les sanctions continue. Deux d’entre elles viennent d’être annulées par le tribunal administratif. Mais pour gagner, il est nécessaire de chercher à gagner la majorité des postier(e)s à cette lutte et de s’organiser dans ce sens.

Thierry Aureliano

 
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