48e congrès CGT : La normalisation est en marche

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Le congrès confédéral de la CGT a confirmé l’orientation de cette organisation vers un syndicalisme de négociation et d’accompagnement social. Mais la CGT n’est pas la CFDT et il n’en demeure pas moins que c’est en son sein que s’organisent le plus grand nombre de militant(e)s attaché(e)s à la lutte de classe.

Le congrès confédéral de la CGT, réuni du 24 au 28 avril à Lille, a approuvé à 80% le document d’orientation et à 82% le rapport d’activité. Bernard Thibault a été réélu secrétaire général de la CGT pour un troisième mandat de trois ans. Le bureau confédéral a surfé pendant toute la durée de ce congrès sur l’abrogation du CPE, relativisant les oppositions et les rancœurs qui s’étaient exprimées au sein de la CGT (Traité constitutionnel européen, attitude défaitiste de la confédération face au conflit de la RTM, de la SNCM ou sur les retraites). Même concernant la réforme du système des cotisations, sujet très sensible, le bureau confédéral a obtenu une véritable légitimation de ses positions avec 63% des mandats exprimés.

« Syndicalisme rassemblé », stratégie centrée sur une logique de négociation avec le patronat, l’État et les collectivités territoriales « nouveau statut du travail salarié », « sécurité sociale professionnelle », future adhésion à la centrale syndicale mondiale qui devrait naître à Vienne le 1er novembre 2006, tout est passé. Et au final, le CCN (le « parlement de la CGT ») se voit doter d’un droit de regard pour fixer les critères de définition d’une fédération professionnelle et d’une union territoriale, ce qui potentiellement ouvre la porte à de profondes réorganisations au niveau des syndicats professionnels et des unions locales.

Une opposition marginalisée

Le congrès a été marqué par l’expression d’une opposition à la ligne confédérale, symbole d’une pluralité assumée au sein de la CGT. Mais cette opposition est apparue sans cohérence et pour l’essentiel incarnée par des militants « oxthodoxes » du PC ou des militant(e)s trotskystes de la LCR et surtout du Parti des travailleurs (PT). Elle a n’a pas échappé à un certain isolement, les critiques les plus nombreuses venant de la métallurgie, des cheminot(e)s, de la chimie ou de l’agroalimentaire et seuls 305 syndicats (à peine 1% de ceux composant la CGT) avaient déposé des amendements aux textes confédéraux...

Son dénominateur commun a été la volonté de se donner une image « de lutte de classe et de masse ». Un nombre restreint d’interventions critiques ont été effectuées contre « le syndicalisme rassemblé », la politique internationale de la CGT ou encore l’absence d’appel à la généralisation des luttes. D’autres pour affirmer que l’« on ne réaménage pas la mondialisation capitaliste, on la combat » ; pour remettre en cause la participation à la CES (Confédération européenne des syndicats) ; pour mieux réaffirmer « la défense des services publics et la lutte contre les privatisations » ; ou encore pour réclamer des repères revendicatifs précis.

Mais c’est « sur la forme », sur la réforme du système de cotisations que s’est concentré l’essentiel des interventions critiques. Cette réforme prévoit, à la fois, la maîtrise de leurs propres finances par les syndicats de base et la centralisation du reste par un organisme confédéral chargé de le répartir entre organisations professionnelles et interprofessionnelles.

Les enjeux réels du congrès

Comme à chaque congrès, de vives contestations se sont exprimées concernant le mode de désignation des congressistes dans certaines fédérations... ce qui permet parfois de laminer l’expression du pluralisme et d’obtenir des votes massivement dans la ligne. Mais l’évolution de la CGT, celle des rapports de force dans les fédérations tendent à relativiser ce genre de problème aujourd’hui. Pour apprécier la réalité de la démocratie dans une organisation comme la CGT, il est nécessaire de comprendre l’évolution des modes de fonctionnement. De ce point de vue, ce qu’il est possible d’anticiper (changements décidés au sommet de la CGT dans les limites des fédérations professionnelles ; redéfinitions des frontières des unions locales non maîtrisées par ces mêmes UL), est lourd de danger.

A contrario la question de la réforme du système de cotisation ne peut pas principalement être analysée du point de vue de la mise au pas des opposant(e)s, d’autant que le syndicat de base conserve sa totale indépendance financière. La rétention de cotisations au détriment des structures interprofessionnelles n’est pas souvent liée à un conflit d’orientation exprimé. Trop souvent il s’agit d’un problème de manque de solidarité interprofessionnelle. Mais là encore, la dépendance financière qui va être mise en place des unions locales vis-à-vis des unions départementales n’est pas un gage de démocratie, cela va sans dire !

Ce 48e congrès est sans conteste celui de l’ancrage de l’appareil CGT dans la « modernité ». C’est la consolidation d’une forme de démocratie à l’image de la démocratie parlementaire ; c’est la marche en avant de l’appareil vers un syndicalisme de négociation et d’accompagnement social. Pour autant il n’est pas possible de réduire la CGT à cette ligne réformiste et comme Alternative libertaire l’écrivait dans son numéro d’avril, « les récentes mobilisations signalent toujours le caractère combatif et de classe d’un bon nombre de militant(e)s - sans doute davantage, en volume, que toutes les autres organisations syndicales réunies ». Et le futur d’une organisation comme la CGT ne se joue pas uniquement dans les congrès. Dans beaucoup d’entreprises et dans beaucoup de villes, la CGT reste le seul outil de lutte dont disposent les travailleuses et les travailleurs. Et le développement des luttes pèsera de façon bien plus déterminante sur l’avenir de la CGT et que tous les congrès du monde.

Jacques Dubart (AL Agen)

 
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