60.Répression à daewoo : La justice aux ordres

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Suite à l’incendie de Daewoo, Kamel Belkadi est condamné à 2 ans de prison avec sursis pour un crime qu’il n’a pas commis. La justice aux ordres du pouvoir et du patronat !

La cour d’Appel de Nancy vient de condamner Kamel Belkadi à 2 ans de prison avec sursis pour l’incendie de l’usine Daewoo-Orion de Mont-Saint-Martin, alors qu’aucune preuve matérielle ne pèse contre lui. Ce jugement est le point d’orgue d’une manoeuvre visant à criminaliser la lutte menée par les salarié(e)s de Daewoo contre leur patronat mafieux, et, plus généralement, toutes les actions syndicales qui ne rentrent pas dans le cadre d’un consensus avec le patronat et les pouvoirs publics. C’est un déni de justice : lors des audiences d’octobre 2004 à Briey et le 5 avril à la Cour d’Appel de Nancy, le scénario imaginé par l’accusation s’était vidé de tout contenu au point que l’avocat général de Nancy a été obligé de reconnaître que « ce n’est pas le procès Belkadi, c’est l’affaire Daewoo », et de revoir son réquisitoire à la baisse. Les contradictions et les incohérences du seul témoin qui accuse Kamel, l’impossibilité matérielle que celui-ci ait pu mettre le feu dans le créneau horaire déterminé par l’enquête, les différents témoignages qui attestent de la présence de Kamel au poste de garde en continu depuis une demi-heure avant le départ de feu jusqu’au moment de l’alerte, tous ces éléments ont fait ressortir l’évidence de l’innocence de Kamel.

Un non-sens judiciaire

Dans la foulée du TGI de Briey, la Cour d’Appel de Nancy avait « besoin » d’un coupable, même au rabais, parmi les ouvriers les plus en pointe dans la lutte… elle a donc condamné celui qui était dans le collimateur depuis le début. Mais comme tous les éléments du dossier montraient que Kamel n’était pas réellement coupable, elle a revu la peine à la baisse, en l’assortissant d’un sursis complet… alors qu’un incendie volontaire, selon la jurisprudence habituelle, « çà vaut » 7 à 10 ans de prison ferme ! Reste que notre camarade a fait réellement 3 mois de détention préventive.

En dévoilant publiquement l’inconsistance de l’accusation, la mobilisation menée par l’Union locale CGT Longwy et le comité de soutien à Kamel a permis de faire reculer la justice de classe sur la nature de la peine (de 3 ans de prison dont 18 fermes, on passe à 24 mois avec sursis), mais pas de faire reconnaître l’innocence de Kamel. Kamel et son avocat, Maître Behr, ont formé un pourvoi en cassation à l’issue du verdict prononcé par la présidente de la cour d’Appel. Il est évident que nous ne laisserons pas notre camarade payer pour un crime qu’il n’a pas commis. Plus que jamais la question se pose, à laquelle il faudra bien que la justice réponde :

À qui profite le crime ?

Cet incendie tombait « à point » pour tous ceux qui voulaient en finir avec la lutte des salariés.

Il a permis à la direction de Daewoo de faire l’économie d’un plan social qui lui aurait coûté au minimum 3 fois plus que le stocks de produits finis parti en fumée. Les circonstances du départ de feu montrent sans équivoque que l’incendie n’est pas le fait d’un individu isolé qui aurait « pété les plombs », mais d’une entreprise organisée, impliquant une préparation et des complicités : système de sécurité neutralisé, restriction des effectifs de gardiennage depuis la veille, déménagement des pièces comptables par la direction le matin-même de l’incendie, etc.

Daewoo et ses complices doivent rendre des comptes pour leurs pratiques mafieuses ! Ou est passé l’argent public que Daewoo-Orion a empoché (46 millions d’euros de subventions, 5 ans d’exonération de taxes professionnelles…) ? Pourquoi a t-on présenté cette usine comme le « fleuron de la reconversion de Longwy » alors qu’elle présentait plus de 3 000 points de non-conformité aux normes d’hygiène et de sécurité ? Pourquoi les a t-on laissé vendre leurs produits à perte aux autres filiales du groupe ? Pourquoi a t-on laissé faire lorsqu’il s’est avéré que Daewoo possédait plusieurs comptes à Clearstream, la « banque des banques » spécialisée dans le « blanchiment » d’argent sale ? Quelles personnalités politiques sont compromises dans cette affaire ? Et les cotisations Urssaf impayées pendant 18 mois ?

Kim Woo Choong, l’ex-PDG du groupe, bénéficiant de la nationalité française et décoré de la croix de la Légion d’Honneur a coulé des jours tranquilles sur la Côte d’Azur et a été récemment embauché par la société Lohr en Alsace, alors qu’il était recherché par Interpol pour malversation et détournement de fonds ! Il vient de « se livrer » à la justice coréenne… sans doute pour bénéficier de la grâce présidentielle, dont ont déjà profité quatre de ses complices condamnés dans cette affaire. D’autre part, le Conseil de prud’hommes de Longwy vient de condamner Daewoo-Orion (en la personne de son liquidateur judiciaire) pour licenciement sans cause réelle et sérieuse des 107 salariés qui avaient introduit un dossier, avec l’aide de la CGT, à la suite de la fermeture de l’usine. Jugeant que ces licenciements étaient liés à la politique financière de l’entreprise, qui vendait ses produits finis à perte aux autres filiales du groupe, le Conseil a condamné le liquidateur judiciaire de Daewoo-Orion à verser aux ex-salariés la somme globale de 640 000 euros pour des rappels de salaire sur pause et pour des dommages et intérêts compte tenu de leur licenciement abusif. C’est un premier pas dans le sens d’une vraie justice ! Nous avons également porté plainte contre Kim Woo Choong pour complicité de banqueroute, et nous veillerons à ce que ce dossier ne reste pas sans suite… Plus que jamais, la mobilisation continue !

Kamel est innocent. Daewoo-mafia, Etat-complice !

Pour l’Union Locale CGT, Isabelle Banny, secrétaire générale, Longwy, le 15 juin 2005

 
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