A Contre Courant : Un printemps des peuples pour 2003 ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Certaines dates ont marqué l’imaginaire du mouvement social : celles de phases historiques où il a réussi à se réapproprier l’espace public et à infléchir le cours des évènements : février 48, février 17, juin 36, mai 68.. Ces mois où la dynamique révolutionnaire ébranle l’ordre établi forgent sa mémoire combattante. Décembre 95 fut le dernier de ces moments particuliers. Car, même si l’action était alors restée essentiellement défensive (« Préservation des acquis sociaux »), elle avait confirmé la capacité de mobilisation collective, durable et opiniâtre du mouvement social français. Qu’en sera-t-il dans les mois qui viennent ?

Il ne s’agit pas, bien sûr, de prédire dans les prochaines semaines un nouveau mai 68 ou une quelconque grève générale. La grève générale ne se prédit pas ; elle ne se décrète pas non plus. Il s’agit en revanche de prendre au sérieux les différentes mobilisations en cours (contre la guerre en Irak, contre la régression du système de retraites) et, en travaillant à leur jonction, ouvrir une brèche dans la domination hégémonique du capital mondialisé. En effet, s’ils sont politiquement proches l’un de l’autre, ces deux mouvements ne se recouvrent pas totalement. Ce qui, dans la rue, s’est massivement exprimé le 1er février, c’est le refus du salariat français de subir passivement la poursuite de la dégradation de ses conditions de travail et le démantèlement de ses droits collectifs.

Ce qui, dans la rue, s’est massivement exprimé le 15 février, c’est le refus des courants « anti-mondialisation » d’entériner passivement la prétention criminelle de l’appareil administratif et militaire des États-Unis d’imposer à la planète sa domination impériale. Et ce ne sont pas les actuelles querelles diplomatiques entre les différents États qui modifieront l’organisation du capital au niveau mondial. Si elles se parent de conceptions éthiques ou idéologiques qui seraient divergentes (unilatélarisme contre multilatéralisme ?...), elles ne sont en réalité que l’expression de rivalités entre puissances concurrentes. Ou, plus précisément, l’affrontement entre des formes historiques de puissances qui cherchent à tirer le meilleur parti de la réorganisation en cours de l’ordre international.

Aussi, dans les luttes à venir, notre tâche est double. D’abord prévenir les impasses dans lesquelles les mouvements sociaux risquent de s’empêtrer : corporatismes étriqués dans le premier cas ; nationalisme cocardier ou humanitarisme bêlant dans le second ; mais surtout, organiser leur jonction sur des bases pratiques et théoriques cohérentes : la formulation moderne d’un anticapitalisme porteur d’espérance.

Le calendrier révolutionnaire honorait la période de la germination. Voilà un symbole de régénérescence à saisir pour ceux qui perçoivent le capitalisme actuel des Bush, Blair, Gates, Raffarin et Seillière comme dégénérescent et viscéralement corrompu. Après ventôse arrive un mois qui sonne comme un appel à la lutte sociale : germinal !

 
☰ Accès rapide
Retour en haut