À ceux qui veulent fliquer les lycéens, les lycéens répondent : résistance !

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« Chaque blocage ou occupation fera l’objet d’une intervention. » Fillon avait clairement annoncé la couleur le 6 avril et a tenu promesse. Il espérait ainsi affaiblir le mouvement lycéen. C’est raté ! C’est finalement les vacances et le bac qui ont eu raison du mouvement. La police a néanmoins eu le temps de réaliser quelques actions coups d’éclats : gardes à vue très dures à Paris et Bobigny, matraquages à Toulouse... Il est temps qu’elle rende des comptes.

La première arrestation massive a eu lieu à Bobigny, après l’occupation de l’Inspection académique. Elle a été suivie le 20 avril par celle de l’annexe du ministère de l’Éducation nationale, environ 180 lycéennes et lycéens ont été arrêtés. Chaque fois, ce fut le même scénario : humiliations et violences lors des arrestations puis gardes à vue prolongées dans les commissariats. Le degré de répression par la police lors de la garde à vue dépendait du commissariat. Dans les plus réactionnaires, les lycéens ont été interrogés et menacés toute la nuit, privés de repas et de sommeil, poussés à bout. Le but : leur faire signer n’importe quoi et en particulier des faux témoignages inculpant quelques leaders ciblés par la police.

Dernière bavure en date : le 12 mai, à Toulouse, la police a chargé et matraqué les manifestants, envoyant notamment deux lycéennes et une étudiante en urgence à l’hôpital. À Bayonne, deux lycéens ont été condamnés le 19 mai à 2 ans de prison avec sursis, 6000 euros de dommages et intérêts et 800 heures de travaux d’intérêt général pour « dégradation de biens public » et « intrusion dans une enceinte scolaire ».

Création du collectif de soutien

Une première réunion du Collectif de soutien aux victimes de la répression du mouvement lycéen a eu lieu fin avril. Ce collectif regroupe les lycéens, parents, enseignants et autres concernés par cette répression. La FCPE (parents d’élèves) et la Coordination lycéenne y ont un rôle moteur, mais les syndicats de l’Éducation nationale (SUD, CNT, SNES Créteil, Émancipation), les associations (LDH... ) et les organisations politiques (Alternative libertaire, JCR, LCR, Fraction de LO) y sont tous très investis. Ne manquent à l’appel que la FSU et les très inexistantes FIDL et UNL (syndicats lycéens).

Le but du collectif, affirmé dans un communiqué de presse cos igné par AL, est l’abandon des poursuites judiciaires et administratives à l’encontre des militantes et des militants investis dans le mouvement lycéen. En effet, en dehors des poursuites judiciaires exposées plus haut, beaucoup de lycéens subissent des sanctions administratives dans leurs établissements. Le Syndicat national des proviseurs a clairement pris position contre le mouvement et appelle à la répression de celui-ci. Dans certains lycées, les syndicats enseignants et la FCPE ont empêché ces sanctions : heures de colles, avertissements, menaces de renvoi... Dans d’autres, des lycéens se retrouvent isolées et ont besoin de soutien.

Le but de ce collectif n’est pas d’organiser la mobilisation contre la loi Fillon mais d’apporter un soutien judiciaire aux victimes de la répression. Si le meilleur soutien qu’on puisse apporter aux militantes et aux militants inculpés est la poursuite et l’extension de la mobilisation, il semble néanmoins aujourd’hui hasardeux et gauchiste de tout miser sur une relance hypothétique de la mobilisation et de dénigrer le soutien « institutionnel ».

Le collectif centralise les demandes de soutien, car en dehors des deux arrestations massives, de nombreux cas isolés sont victimes de faux témoignages et de plaintes déposées par des policiers ou des proviseurs. Il organise les rassemblements les jours de procès [1]

Quelles perspectives !

À l’heure actuelle, une trentaine de militantes et de militants, dont 20 en Ile-de-France, sont inculpés. Les mineurs doivent comparaître devant le juge pour mineur qui décidera de la poursuite ou non de l’inculpation. Après les arrestations de Bobigny et de l’annexe du ministère, l’essentiel des militants a été relâché, mais ils et elles peuvent être reconvoqués à tout moment.

Il est évident que l’ampleur des rassemblements qui auront lieu les jours de procès sera décisive pour la suite. Une mobilisation importante découragera probablement le gouvernement de poursuivre la répression.

Mais au-delà de ces procès, il est important que la police rende des comptes concernant les gardes à vue scandaleuses qui ont eu lieu. Les témoignages ne doivent pas servir seulement d’outils de défense. Enfin, nous espérons sérieusement voir ce collectif se pérenniser et étendre son champ d’action à l’ensemble de la répression du mouvement social.

Grégoire Mariman (AL Paris-Sud), le 25-05-2005


SOUTIEN AU MOUVEMENT LYCÉEN

Le collectif organise une souscription dans laquelle Alternative libertaire a décidé de fondre la souscription de soutien à Samuel. De nombreuses et nombreux militants non encartés sont inculpés et il serait anormal que ceux-ci subissent plus la répression que les militants appartenant à des organisations politiques. Nous remercions donc les personnes et organisations ayant participé à cette souscription et appelons à envoyer vos dons de soutien à l’ordre de « CDPE Paris - Souscription Solidarité Lycéens », à l’adresse suivante : FCPE Paris, 14, rue d’Astorg, 75008 Paris.

[1Le procès de notre camarade Samuel se tenait le 25 mai dernier et un rassemblement de soutien s’est déroulé devant le Palais de justice de Paris. Le procureur a requis 100 jours amendes de 5 euros, la peine sera prononcée dans les jours qui viennent.

 
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