A contre-courant : Le cheval de Caligula

Version imprimable de cet article Version imprimable


Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


L’historien romain Suetone rapporte que l’empereur Caligula, qui régna de 37 à 41 de notre ère, s’était pris d’une véritable passion amoureuse pour l’un de ses chevaux, Incitatus : « outre une écurie de marbre et une crèche d’ivoire, outre des housses de pourpre et des licous ornés de pierres précieuses, il alla jusqu’à lui donner un palais, des esclaves et un mobilier, pour recevoir plus magnifiquement les personnes invitées en son nom ; il projeta même, dit-on, de le faire consul. » (Vies des douze Césars, Livre LV, chapitre LV). C’était là, toujours à en croire Suetone, l’une des fantaisies les plus inoffensives d’un règne qui aura frappé ses contemporains, qui en avaient pourtant vu d’autres, par ses excès en tous genres.

Encore Caligula aura-t-il eu l’excuse de la folie, sur laquelle s’accordent les historiens, sur la foi des contemporains. On ne peut pas en dire autant de la longue suite des gouvernants qui, au fil des siècles et sur tous les continents, auront laissé dans la mémoire des hommes le souvenir de la démesure de leurs actes, de leurs projets ou de leurs rêves, le plus souvent pour le plus grand malheur de leurs sujets, quelquefois cependant en permettant à ces derniers de rire d’abondance à leurs dépens. Tant il est vrai que le pouvoir corrompt non seulement moralement, mais bien plus largement mentalement, en finissant fréquemment par installer celui qui l’exerce dans un sentiment de toute-puissance qui le transforme en un personnage dans lequel l’odieux le dispute au ridicule, dont l’archétype est évidemment Ubu.

Notre Caligula* national ne dépareille pas la collection. Et voilà qu’il s’est mis en tête de faire élire son fils administrateur de l’établissement gérant le quartier d’affaires de la Défense. Lequel fils a pour seul titre de gloire, hormis d’être son fils, de redoubler sa seconde année de licence de droit après avoir brillamment redoublé sa première année. Du modèle capitolin à son clone élyséen, la répétition n’est même plus de l’ordre de la farce mais de celui de la franche caricature grotesque. Car, alors que le premier s’est trouvé retenu dans son projet d’élever Incitatus au consulat par ce qu’il subsistait d’institutions et de vertu dans l’Empire romaon, le second aura vu se dresser une claque de cireurs de talonnettes pour justifier et encourager le népotisme de leur maître.

Et alors que celui-là a seulement envisagé de promouvoir un cheval, celui-ci aura réellement promu un âne.

*Caligula signifie en latin " petite sandale "… Caligula n’était que le surnom de Caius Augustus Germanicus

 
☰ Accès rapide
Retour en haut