samedi, 20 septembre 2014
 
 

A contre-courant : Les casseurs de vie récoltent la révolte

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Villiers-le-Bel – 25 novembre – Moushin et Larami – 15 et 16 ans – meurent, moto contre voiture de police. Dans cette ville populaire, comme en 2005, la braise de la révolte couvant sous la cendre des humiliations s’enflamme. En plus violent, les mêmes causes engendrent les mêmes effets : sitôt l’accident, on accuse les victimes : pas de casques. Que les blessés n’aient pas été secourus en même temps que les flics, peu importe ! Que la moto ait été traînée sur plus de 20 m, aucune importance puisque la version officielle assène que les policiers roulaient à 40 km/h ! Mais, à ces demi vérités tendancieuses, il faut encore ajouter un mensonge officiel : des jeunes auraient matraqué à coups de barres de fer la voiture de police…

Emotion populaire, premiers affrontements et c’est le siège : plus de 1 000 policiers investissent les quartiers survolés par des hélicos aux puissants projecteurs. S’instaure une véritable guérilla : aux grenades lacrymo, matraques et flash balls répondent pierres, barres, incendies et, pour la première fois, fusils à plomb et à grenaille. Les anciens descendent des immeubles et, lorsque les Robocops approchent des immeubles, c’est le caillassage. Les journalistes sont pris à partie, identifiés comme supplétifs du pouvoir. Sarko répond « aux voyous destructurés prêts à tout » en promettant la réclusion à perpétuité. Au petit matin, les flics appellent, par tracts, à la délation. Guerre civile psychologique.

À Villiers, le taux de chômage est de 19 %, 30 à 40 % dans les quartiers, ni ANPE, ni CAF, pas même un lycée. La casse des services publics est, ici, déjà accomplie. Le cynisme de Sarko « colorant » le sommet de l’État, son « travailler plus pour gagner plus », sa « tolérance zéro pour la glandouille », ici, sont insupportables. Le pouvoir le sait. Ne lui reste qu’à dresser les moins pauvres qui risquent de perdre leur vie à la gagner contre ceux qui n’ont plus rien à perdre. Arrogance et brutalité ne résoudront pas la paupérisation des familles, la ghettoïsation de la misère. Doute et inquiétude rongent l’oligarchie régnante : et si les couches populaires surmontaient leurs propres divisions face à la baisse du pouvoir d’achat, l’allongement de la durée de travail et du chômage ? La guerre entre les « bons » Français et la « racaille » pourrait tourner court. Déjà Sarko s’en inquiétait lors des manifs anti CPE « S’il y avait connexion entre les étudiants et les banlieues, tout serait possible y compris une explosion généralisée et une fin de quinquennat épouvantable ». Après les Présidentielles, le Figaro s’épouvantait : « La même rage anti Sarko a réuni dans de brèves manifestations, des militants radicaux, des jeunes étudiants et des jeunes de banlieues ».

A Contre-courant, décembre 2007