Albanie : Un nationalisme fomenté de l’extérieur

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Depuis quelques années, une partie de la population a été gagnée à l’idée nationaliste de « Grande Albanie », et soutient la sécession du Kosovo. La classe politique, acquise à Washington, y a beaucoup travaillé.

Le nationalisme « grand-albanais » ne s’est répandu que récemment dans le pays. La brutalité passée du régime stalinien a enterré provisoirement toute idée d’émancipation sociale anticapitaliste en Albanie. Le seul progrès envisageable aux yeux des travailleuses et des travailleurs albanais est l’émigration ou la croissance capitaliste du pays.

Avec l’effondrement du système parabancaire dit des « pyramides » en 1997, l’argent des petits épargnants, ou envoyé par les émigré-e-s pour aider leurs familles, est parti en fumée. Cette catastrophe a provoqué une révolte armée du peuple albanais, mû par un instinct de survie mais sans perspectives politiques.

À l’époque, aucune idée nationaliste ne circulait dans un peuple dont le souci premier était la survie. Les quelques tentatives pour faire naître l’idée de Grande Albanie furent infructueuses :

– Juste après la révolte de 1997, l’héritier de l’ex-roi Zog Ier est revenu à Tirana pour soutenir l’idée d’une Grande Albanie. Mais le meeting fut un échec : 500 personnes, la plupart venues pour toucher un pourboire.

– La guérilla indépendantiste de l’UCK, équipée au départ d’armes récupérées pendant la révolte de 1997, n’était pas composée par des Albanais de la métropole ni des Kosovars, mais par des émigrés relativement enrichis. Les Albanais de l’intérieur avaient d’autres préoccupations.

Il n’y avait alors aucun débat sur l’indépendance du Kosovo – et a fortiori sur son rattachement à l’Albanie. L’UCK elle-même était inconnue au-delà d’une petite région frontalière du Kosovo.

100 soldats en Afghanistan

L’idée de Grande Albanie n’a été imposée que par la suite, et par en haut. Voici comment.

Les États-Unis veulent exploiter le sous-sol du Kosovo, qu’ils ont occupé après la guerre de 1999. Dans cette optique, ils ont intérêt à le voir « indépendant » de la Serbie. Mais pour cela, l’approbation de la « mère-Albanie » est un appui appréciable. Ça tombe bien, l’actuel Premier ministre albanais, Sali Berisha, est leur homme. Le chef de la droite albanaise, financée par les États-Unis, a été président de la République de 1992 à 1997, jusqu’à sa démission pendant le scandale parabancaire. L’argent de Washington l’a aidé à remporter les élections de 2005. Les États-Unis ont promis à Tirana son entrée dans l’Otan. En 2001, alors qu’elle était encore ruinée par le scandale parabancaire, l’Albanie a trouvé le moyen d’envoyer 100 soldats en Afghanistan pour satisfaire George Bush.

La propagande « grand-albanaise » a été le fait de Berisha et des Américains, relayé par le socialiste corrompu Fatos Nano. Avec un certain succès. De façon durable ? Espérons que non. La question sociale reste le principal souci du peuple albanais.

Achilléas, anarchiste grec d’origine albanaise, traduit par Yannis A. (ESE)

 
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