Algérie : Massacres de femmes à Hassi Messaoud

Version imprimable de cet article Version imprimable


Des islamistes dits modérés prennent le pouvoir en Tunisie et en Égypte. Les premières conséquences sont déjà visibles telles les tentatives de remettre en cause l’égalité entre hommes et femmes. À ce titre, interrogeons le passé : en juillet 2001, plus d’une centaine de femmes en Algérie furent massacrées ou violées.

Le vendredi 11 juillet 2001, dans la ville algérienne de Hassi Messaoud, plusieurs centaines d’hommes envahissent un quartier suite au prêche d’un imam intégriste. Ils brûlent et détruisent des logements, souvent insalubres, mais surtout massacrent, volent et violent les femmes qui les occupent, pour la plupart immigrées. L’une d’elles est enterrée vivante. Des témoins parlent de plusieurs meurtres mais la police, qui attend plus de 5 heures avant d’intervenir la première nuit, n’en reconnaît aucun. Ces actes criminels se poursuivent sur plusieurs nuits dans d’autres villes proches. On ne connait pas le nombre exact de victimes, certaines préférant partir rejoindre leur famille. Les autorités de la ville hébergent dans un gymnase une centaine de victimes, dans des conditions précaires et sans aucun soin. Seules 39 d’entre elles vont porter plainte et seulement quarante criminels seront identifiés. Mais le martyre de ces femmes ne s’arrête pas là. La presse et les autorités traînent les victimes dans la boue, les accusant à l’instar des islamistes de se prostituer et de salir l’honneur des familles des bourreaux.

[*Leur crime : être des femmes seules…*]

Ministres, politiques, associatifs ou journalistes, s’insurgent et dénoncent ces actes barbares moins cependant pour soutenir les victimes que pour rassurer occidentaux et mouvements progressistes en dénonçant une lecture éhontée de l’Islam. Les victimes devront attendre plusieurs jours avant d’être soignées. Pendant l’enquête, la police ne leur épargnera aucune humiliation et les avocats oublieront de venir au procès. In fine, lors du procès en appel en 2005, seulement six bourreaux se présenteront dont trois seront acquittés ; et si plusieurs massacreurs seront condamnés par contumace, seulement trois ont, à l’heure actuelle, purgé leur faible peine. Ce drame révèle les tensions de l’époque : la politique de réconciliation suite aux sept ans de guerre civile en 1999, le printemps noir kabyle en juillet 2001… Les victimes côtoient au quotidien leurs bourreaux, islamistes repentis auxquels l’État fournit logement et emploi. Des islamistes dits modérés participent au gouvernement et le sentiment d’impunité règne concernant tout acte de violence commis au nom d’une certaine morale. Le massacre d’Hassi Messaoud n’est pas un acte isolé, plusieurs l’ont précédé mais sans atteindre ce paroxysme. Le crime de ces femmes ? D’être sans maris, souvent veuves, divorcées ou répudiées, bannies par leur famille. Les prêches des imams intégristes les accusent de prostitution, de mœurs légères, de détruire la cellule familiale. Elles, qui sont contraintes d’immigrer, souvent avec leurs enfants, pour survivre dans ces villes pétrolières où elles travaillent dans les multinationales ou comme femme de ménage…

[*… et des travailleuses immigrées*]

Mais ces femmes ne sont pas seulement victimes de l’extrémisme : elles sont aussi victimes de la crise sociale, accusées de voler le travail aux hommes. Travailleuses défavorisées dans une société où la femme est soumise à une tutelle à vie [1], elles subissent une double exploitation économique et patriarcale. Il suffit qu’un imam intégriste apporte une caution morale pour que la violence vers les plus exploitées se libère ! Lors de son indépendance, la société algérienne était laïque et égalitaire en droit, mais en 1984, les tendances intégristes musulmanes réunies ont obtenu un retour partiel de la charia. Le même processus est en cours dans plusieurs pays du monde arabe, il est urgent de soutenir et d’exprimer notre solidarité pour toutes les luttes sociales et féministes…

Mikaël (AL Nantes)

[1Cf. « Code de la famille algérien : Monsieur est servi », AL 211 (novembre 2011).

 
☰ Accès rapide
Retour en haut