Anne Méaux : du GUD à la « com » de Ben Ali

Version imprimable de cet article Version imprimable


Ou comment une ex-dirigeante d’extrême droite s’est recyclée dans la propagande capitaliste au service du grand patronat français ou des politiciens libéraux les plus intégristes comme d’un dictateur ami de la France. Le changement dans la continuité en quelque sorte.

La lettre d’information Maghreb Confidentiel a raconté la scène [1]. Le 3 juin 2003, au Cercle Interallié à Paris, le très puissant porte-parole de la présidence tunisienne tient la vedette. Responsables politiques et grands patrons prennent leur tour pour aller saluer l’un des principaux hommes forts du régime de Ben Ali tandis que la maîtresse des lieux, Anne Méaux, l’introduit auprès du patron des renseignements généraux, le chiraquien Yves Bertrand (depuis remplacé). Ce soir-là, on fête les quinze ans d’Image Sept, l’une des plus influentes sociétés de communication de la place de Paris, conseillère en image et en relations avec la presse de la moitié du CAC 40 (Pinault, Casino, Veolia ex-Vivendi Environnement...), que Madame Méaux dirige, depuis l’origine d’une main de fer. Et qui est devenue l’une des intermédiaires obligées et craintes de la totalité de la presse économique. Si l’un des sbires de Ben Ali a fait le déplacement à Paris, pour cette réception privée, l’affaire ne doit évidemment rien au hasard. Car Raffarin et Ben Ali ont ce point commun : celui d’avoir recours au réseau Méaux pour leur "com" ! Les ex-d’Image Sept sont très présents à Matignon. La spécialiste des relations avec la presse y applique les recettes apprises chez son ancienne patronne. Et plusieurs membres du cabinet Raffarin ont des liens avec le réseau Méaux. Rien d’étonnant à cela car à l’instar du Pompidou (défait) du Poitou, Mme Méaux a beaucoup frayé dans les eaux du giscardisme.

Avec une particularité de parcours toutefois. Comme d’autres dans cette mouvance, le giscardisme lui a permis de blanchir plusieurs années d’activisme à l’extrême droite.

Blanchiment

Dans sa jeunesse, la future patronne d’Image Sept a fait ses classes à Ordre nouveau, à la présidence du GUD-Assas (Groupe union défense), puis dans les instances dirigeantes du Parti des forces nouvelles (PFN). À l’issue du congrès constitutif du PFN en novembre 1974, elle est la seule femme à figurer au comité central aux côtés de François Brigneau, Roland "Gaucher" Goguillot, Pascal Gauchon, Gérald Penciolelli, et surtout Alain Robert qui s’apprête à organiser le ralliement d’une partie de l’extrême droite à Giscard. Dans la foulée, on retrouvera très naturellement Mme Méaux au service de presse de l’Élysée sous VGE... Avant qu’elle n’assure, pendant de longues années, la communication d’Alain Madelin, venu des mêmes rivages et dont elle partage les orientations ultralibérales. La revue antifasciste Reflex [2] signalera par ailleurs ses liens avec la famille Loustau, routiers historiques de l’extrême droite.

C’est en tout cas la même qui, depuis 1997, vend ses conseils au fort peu libéral Ben Ali qui était mécontent de son image et du travail de la très officielle Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE), officine de propagande devenue impuissante - on le comprend ! - à vanter les mérites du régime à l’étranger. Du coup, l’ATCE sera fermée et la propagande - pardon la "com" -, Anne Méaux s’en occupera. C’est dire si les journalistes, notamment ceux de la presse économique, sont bien "briefés" lors de leurs tournées en Tunisie. Pas un rédacteur en chef à qui n’ait été vanter les mérites de l’économie tunisienne. Ou le confort des grands hôtels de la côte tunisoise. Ou encore « le goût exquis des écharpes touarègues, comme l’explique une collaboratrice d’Anne Méaux », indiquent Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi dans leur livre Notre ami Ben Ali (Éditions la Découverte).

Du coup, en décembre dernier, l’agence d’Anne Méaux, qui par ailleurs conseille aussi désormais la présidence du Sénégal, était sur le pied de guerre pour la première visite d’État de Chirac à Tunis et a veillé à nuancer les avis « trop expéditifs » sur le régime.

En mai 2003, Le Nouvel Observateur rapportait que Jean-Claude Bailly, lorsqu’il était président de la RATP, service public, s’était mis en affaires avec Image Sept. « Bonne pioche », ironisait l’hebdomadaire rose pâle. Depuis, Bailly a failli devenir ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Raffarin, et a finalement été promu patron de La Poste, avant d’affirmer : « Ce service public est, à son tour, devenu client d’Anne Méaux. » Avis aux camarades postiers.

Paule et Émile

[1] Maghreb Confidentiel, numéro 605, 5 juin 2003

[2] « Quand le GUD prend le parti de l’étranger », Reflex, numéro 51, ancienne série.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut