Antinucléaire : Lame de fond contre le nucléaire nippon

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Takuro Higuchi, sociologue et activiste japonais, dresse un état des lieux de la contestation antinucléaire qui traverse l’archipel depuis la catastrophe de Fukushima. Les principaux éléments qu’il a transmis lors des rencontres de Saint-Imier sont ici retranscrits.

Selon Takuro Higuchi, plusieurs éléments ont contribué à la radicalisation des mouvements antinucléaires cet été : d’une part, la désinformation et les mensonges du gouvernement dans la gestion de la catastrophe, et d’autre part, le redémarrage depuis juin, de deux centrales n’a pu qu’accentuer le mécontentement de la population. Après l’accident, le mouvement antinucléaire japonais a pris une nouvelle dynamique. Les luttes post-Fukushima font revivre le mouvement antinucléaire qui s’essoufflait.

Aujourd’hui plus radicales, elles ont le soutien de la population : 80 % des Japonais sondés seraient contre le nucléaire. Tous les vendredis soir, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent près du Parlement et de la résidence du Premier ministre. Fait notable, les personnes s’auto-organisent en dehors des partis et des syndicats et préfèrent passer par les associations qui forment le collectif Sayonara Genpatsu (Au revoir nucléaire). Malgré leur faible nombre, les anarchistes japonais participent activement à cette lutte. Venus en famille, les manifestantes et manifestants étaient 200 000 le 29 juillet.

Pour l’instant, les manifestations restent contrôlées par les autorités, mais elles dénotent une politisation croissante. Beaucoup descendent dans la rue pour la première fois, contrastant avec l’image docile que les médias occidentaux souhaitent donner des Nippons. D’autres actions plus radicales comme des enchainements sur les grilles des centrales ont eu lieu, mais restent très minoritaires.

[*La responsabilité de l’État reconnue*]

Début juillet, une commission d’enquête, mandatée par le parlement nippon et composée de membres de la société civile, a conclu que l’accident nucléaire de Fukushima a été « un désastre créé par l’homme » résultant d’ « une collusion entre le gouvernement, les agences de régulation et l’opérateur Tepco, et d’un manque de gouvernance de ces mêmes instances ». Pour la première fois dans l’histoire du Japon, le Premier ministre a reçu des délégué-e-s des manifestants, tout en prévenant qu’il écouterait aussi ceux qui réclament la relance des centrales. Malgré cette avancée, tout reste donc à faire. Certains s’interrogent sur l’absence de leader capable de mener cette lutte. Le nombre sans cesse grandissant d’opposantes et d’opposants au nucléaire témoigne du contraire. À suivre. [1]

Nadège (Ami d’AL)

[1Une interview complète de Takuro Higuchi sera bientôt publiée dans le journal.

 
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