Après Copenhague : Changer le système, pas le climat

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La conférence sur le climat de Copenhague s’est soldée, sans grande surprise, par un échec. Cet échec, c’est celui aussi des associations écologistes traditionnelles (WWF, Les Amis de la Terre, Greenpeace…) et des partis politiques (Les Verts/Europe écologie) qui ont cru pouvoir sauver la planète sans sortir du capitalisme. Face à eux, le collectif Urgence climatique et justice sociale (UCJS), qui pointe clairement la responsabilité des « élites », prépare l’après-Copenhague.

« À Copenhague, la Conférence des Nations unies a été incapable d’apporter des solutions à la crise climatique, pas même de dessiner des avancées minimales vers ces solutions. Les Etats-Unis et l’Union européenne qui ont refusé de reconnaître leur responsabilité historique, le jeu de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud, le poids des grands lobbies industriels et des multinationales ont précipité l’échec » (Déclaration du collectif Urgence climatique justice sociale – UCJS). Mais y avait-il une possibilité qu’il en soit autrement ? Tadzio Mueller, militant allemand de la coalition internationale Climate Justice Action cité dans le journal Le Monde exprimait sur cette question ce que de nombreux écologistes de terrain connaissaient pertinemment : « Nous sommes absolument sûrs qu’il n’y aura pas un bon accord à Copenhague. Il faut faire du rendez-vous dans la capitale danoise un moment décisif pour le lancement du mouvement social, comme Seattle l’avait été il y a dix ans ». Aussi, le bilan de Copenhague se mesure par rapport cet aspect et non pas dans l’analyse du texte adopté par les chefs d’Etat.

Allier écologie et critique sociale

La grande manifestation qui s’est tenue à Copenhague le 16 décembre, rassemblant plus de 100 000 personnes venues des quatre coins de la planète, est sans conteste le plus grand rassemblement jamais organisé à propos du climat. De ce point de vue, la mobilisation engagée depuis des mois par les écologistes danois et les deux coalitions internationales Climate Justice Now et Climate Justice Action a porté ses fruits.

Cette manifestation a consacré l’unification de la critique sociale et des thèses écologistes. Ainsi, la déclaration du Klimaforum qui s’est tenu à l’occasion de ce rassemblement affirme que le changement climatique résulte « d’un système économique global [fondé] sur l’appropriation par les élites des ressources planétaires, locales et nationales ». La classe dominante organisée au niveau planétaire, est dénoncée parce qu’elle est « engagée dans une production extrême motivée par le profit et dans une scandaleuse surconsommation ».

La logique onusienne contestée

L’autre effet intéressant de la mobilisation de Copenhague est qu’elle fait bouger les lignes au sein du mouvement écologiste. Une fracture se dessine entre les associations qui acceptent la logique du marché du carbone et celles qui la refusent. Rappelons le scandaleux appel publié peu avant le sommet de Copenhague (disponible par exemple sur le site officiel de Juppé, pardon de la ville de Bordeaux) et se terminant par cette supplique à Nicolas Sarkozy : « Vous vous devez de prendre la tête de ce combat qui est sans doute l’enjeu de ce siècle ». Appel signé entres autres par WWF-France, Greenpeace France, la Fondation Nicolas Hulot et Les Amis de la Terre…

La logique de « l’appel Urgence climatique justice sociale » est toute autre. Ce n’est pas seulement l’échec du sommet des chefs d’État qui est dénoncé. C’est une contestation du contenu et de la logique même des négociations onusiennes. Nombreux sont ceux qui, au sein de ce collectif affirment la nécessité de s’attaquer au capitalisme pour combattre les changements climatiques. Tout cela est résumé dans le slogan « Changez le système pas le climat ». Les associations écologiques « traditionnelles » pourraient perdre la main et ne plus être capables d’imposer leurs stratégies conciliatrices vis-à-vis du capitalisme.

Le Collectif UCJS (http://climatjustice.org) organise une rencontre nationale le 6 février à Paris en l’ouvrant au plus grand nombre : « toutes celles et ceux qui le souhaitent, membre de collectifs ou d’organisations locales ou nationales, individus, sont les bienvenu-e-s pour échanger et construire ensemble le mouvement pour le climat et la justice sociale dont nous avons besoin ».

Face à la montée de cette nouvelle forme d’opposition déclarée au capitalisme, la réponse aujourd’hui des Etats est claire. Ainsi, le gouvernement danois a fait voter, en novembre, une loi permettant les interpellations préventives et assouplissant le contrôle judiciaire. Le combat qui se construit aujourd’hui, fondamental pour l’avenir de l’humanité, sera une confrontation brutale avec les maîtres du monde. Préparons-nous à le mener !

Jacques Dubart (AL Agen)

 
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