Associations : Asphyxie et instrumentalisation de l’éducation populaire

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Depuis à peine deux ans des menaces pèsent sur l’existence même des mouvements d’éducation populaire. À moins d’un sursaut lié à une mobilisation, les mouvements sont voués à la marginalisation, à la marchandisation ou à l’instrumentalisation.

Une association d’éducation populaire pour remplir sa mission première doit pouvoir disposer de moyens de subsistance suffisants. Elle ne peut intervenir dans les quartiers en difficultés pour tisser du lien social, favoriser une auto-organisation des habitants et par là même assurer l’existence d’une fonction de transformation sociale que si les subventions publiques existent.

Or, le gouvernement veut liquider ces associations et lieux d’expressions de transformation sociale. En 2003 et 2004, les crédits FONJEP (Fonds de coopération de la jeunesses et de l’éducation populaire) ont été amputés, les subventions aux associations nationales ont baissés dans une fourchette de 10 à 30%. La suppression des 73000 emplois jeunes a commencé à peser sur l’économie des associations. L’enveloppe budgétaire dans le budget jeunesse et sport dévolue au monde associatif accuse une baisse de 6% avant 2005 et de 13% pour l’année 2005. Pour s’en sortir des grandes fédérations ont développé un secteur marchand comme l’UFCV (Union française des centres de vacances et de loisirs), oubliant qu’elle est une fédération d’associations, ou sont contraintes à réduire le nombre de postes de salariés.

Les crédits politiques de la ville sont en nette diminution. Seuls la police à travers les opérations Ville vie vacances (ex Eté jeunes) maintient son budget alors que pour les associations de quartiers, on doit aller chercher les jeunes dans les halls et chez eux (objectifs pour l’été 2005). L’association n’est aidée que si les jeunes sont nouveaux, et il n’y a pas d’aides au titre de ceux qui viennent sur d’autres périodes. Et surtout comment faire lorsqu’il y a trois codes différents pour entrer dans les halls dans certains arrondissements de Paris ?

La mise en œuvre de projets collectifs, émanant de citoyens pour et par des citoyens, n’est-il pas le rôle premier du projet associatif ? Il faut reconnaître les associations et donc les financer pour ce qu’elles sont et pour le rôle qu’elles jouent dans la société :
- Permettre à des personnes de se mettre ensemble pour trouver les voies de solutions à leurs questions.
- Mise en œuvre de micro projets collectifs qui fédèrent des énergies sur un territoire, rendent un service à la collectivité.
- Élaboration d’une parole citoyenne. (C’est-à-dire le fonctionnement démocratique ; l’apprentissage de la responsabilité avec les autres, les savoirs des citoyens)
- La réalité de leur mode de production de savoir.
- L’importance du maillage associatif dans la cohésion territoriale.

Reconnaître le rôle du projet associatif dans la société

À l’inverse, faut-il penser que le rôle des associations est de répondre à des besoins que la puissance publique ne veut ou ne peut prendre en charge ? Leur rôle est-il de mettre en œuvre des dispositifs de l’Etat ou des collectivités territoriales ?

Aujourd’hui, nous sommes dans un système de marchandisation et d’instrumentalisation des associations. Dans le système d’appels d’offre, les associations n’ont qu’un rôle de prestataires de service. Leur citoyenneté est niée et l’on perd leurs compétences (connaissance du terrain, créativité).

La succession de microprojets, la superposition des procédures et des dispositifs instrumentalisent les associations et créent de l’allégeance. Pour dire aux gens de travailler ensemble, on invente de nouveaux dispositifs.

L’Etat met en place le Dispositif local d’accompagnement et mandate un cabinet conseil. La Région finance une aide au conseil dans le cadre du Plan approfondi emploi jeune. La Direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle mandate un cabinet conseil dans le cadre de la consolidation des emplois jeunes. La Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle missionne aussi une structure d’accompagnement pour les porteurs de micro projets, sur des financements européens... Certaines associations ont ainsi rencontré successivement 4 voire 5 consultants ou cabinets conseil ! En résumé, il nous faut être accompagnés, conseillés, évalués... Mais restera-t-il encore quelques financements pour « FAIRE » ? Pour continuer nos actions sur le terrain ?

Des actions auparavant subventionnées sur la base d’un projet déposé par les associations sont maintenant soumises au Code des marchés publics. Le principe de l’appel d’offre est basé sur une commande précise, ne prenant en compte qu’une problématique alors que les associations mènent au travers de leur projet des actions transversales.

Toutes ces évolutions et ces mesures drastiques témoignent de la non reconnaissance évidente de la part des pouvoirs publics du fait associatif, de son rôle et de sa capacité à participer à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un projet social.

Alors que l’Etat attend que les associations créent 50000 emplois, pensez-vous que celles-ci puissent aborder en confiance les nouveaux dispositifs au regard des expériences passées et de son non respect des conventions signées ?

Il nous faut défendre, promouvoir et développer l’éducation populaire, menacée par la logique libérale qui veut deux effets concomitants : rentabiliser le secteur éducatif et accentuer la marchandisation de l’école et du temps libre.

Noël Morel

 
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