Attentats de Londres : la menace sécuritaire plane...

Version imprimable de cet article Version imprimable


New York 2001, Madrid 2004 et Londres 2005. Le schéma serait toujours le même : face à l’horreur des attentats terroristes, nos sociétés démocratiques seraient dans l’obligation d’adopter des mesures de protection, quitte à mettre de côté pendant quelques années nos chères libertés. Ce discours, servi par les consensus médiatiques et politiques dans toute l’Europe, ne résiste pas du tout à la lecture des événements de Londres au cours du mois de juillet 2005.

Tout d’abord, on voudrait nous faire croire que les attentats de Londres sont d’autant plus incompréhensibles qu’ils se sont produits au cœur d’une ville qui avait réussi à faire cohabiter dans une parfaite harmonie des populations aux origines très diverses. Un exemple de village du monde en quelque sorte.

Démystification de la terreur

Cela est totalement faux. Il suffit de se promener dans Londres pour réaliser que cette cohabitation est en réalité un cloisonnement, que les espaces de relégation sociale, de pauvreté économique sont légions dans les faubourgs de cette ville dont le centre-ville (la City), vitrine d’un capitalisme triomphant et arrogant, est fermé sur lui-même et très protégé.

Ensuite, les attentats se seraient produits dans un pays qui permet aux prêcheurs radicaux de s’exprimer en toute liberté, et ce « trop » de liberté aurait comme conséquence néfaste la montée d’un extrémisme religieux dont sortent tout droit les kamikazes. Outre le fait que depuis Thatcher la liberté d’expression est étouffée, les vraies raisons de certaines personnes pour se faire exploser dans le métro sont à chercher dans la montée d’un fanatisme religieux dont le discours trouve un terreau plus que prolifique dans la misère sociale galopante. Le fait que les forces britanniques soient engagées en Irak fournit un argument supplémentaire pour les poseurs de bombes. Rien de plus, la vraie raison n’est pas là.

Nous avons donc en place tous les éléments réunis et connus depuis longtemps : des populations pauvres déjà stigmatisées, des fanatiques religieux qui sont très contents de profiter de cette situation pour faire passer leurs discours meurtriers d’embrigadement. Et le gouvernement britannique qui peut alors jouer sa partition sécuritaire sur un plateau ; la partition déjà écrite et entamée depuis longtemps va pouvoir s’accélérer.

Les différents gouvernements britanniques ont été depuis de nombreuses années les fers de lance des politiques importées d’outre-Atlantique de contrôle des populations, de quadrillage des quartiers pauvres des agglomérations, de développement de vidéosurveillance et de multiplication des effectifs des forces de répression.

Le schéma se répète…

Si aux Etats-Unis, le débat sur les libertés individuelles et collectives est, depuis le 11 septembre 2001, aiguillé par la seule peur irrationnelle qui s’empare des citoyens américains, en Europe, la donne était pour l’instant quelque peu différente. Même si on a vu en France que la LSQ (loi sur la sécurité quotidienne) de 2001 et la LSI (loi sur la sécurité intérieure) de 2003 étaient adoptées dans la foulée de ces attentats, les différents gouvernements pouvaient paraître quelque peu sur la réserve pour annoncer tout de go leur volonté de rentrer pleinement dans une société du tout contrôle, du fichage généralisé, de la répression à outrance des contestations de l’ordre établi. En un peu plus d’un mois, de très nombreuses étapes ont été franchies et ce n’est qu’un début.

Immédiatement après les attentats de Londres, les déclarations des autorités politiques et policières furent claires : c’est notre modèle de société qui est attaqué par un ennemi intérieur, il faut adopter tous les moyens de se défendre. Ainsi, les projets déjà ficelés dans les cartons peuvent être appliqués : vidéosurveillance renforcée dans les lieux publics, multiplication des contrôles d’identité aux faciès et arrestations sur simples présomptions, tirs dans la tête et sans sommations contre un individu suspect avec un sac à dos…Les exemples sont légions et sont repris par les autres pays européens, comme la France, avec de Villepin et Sarkozy bavant devant les prouesses britanniques et s’empressant de promettre des applications similaires dans les prochains mois en France. Le tout dans un sentiment de peur généralisé, empêchant pour l’instant ne serait-ce que tout débat, sans parler de mobilisation contre ces politiques.

Car ce fameux modèle de société Big Brother, la mise en place d’un Etat pénal et sécuritaire, se construit à Londres et arrive dans les prochains mois dans les autres pays européens. Par le déploiement de mesures dites d’exceptions qui sont en réalité des mesures qui s’inscrivent dans la durée, nous nous dirigeons tout droit vers une société dans laquelle une infime minorité sera protégée dans sa tour d’ivoire, laissant ses chiens de garde assurer l’ordre dominant. On voit bien dans ce contexte que le terrorisme pèse peu, servant même les intérêts des pouvoirs établis.

Antoine et Erell

 
☰ Accès rapide
Retour en haut