Barrage de Caussade : Un projet archaïque le bec dans l’eau

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Le conflit entre agriculteurs irrigants et associations de protection de l’environnement, dans un contexte des déficit de ressources en eau, vient de trouver un point final avec une décision judiciaire en date du 13 novembre, qui refuse d’autoriser le projet de barrage de Caussade (Tarn-et-Garonne).

Le préfet coordinateur du bassin versant Adour-Garonne est pourtant alarmiste : « Le déséquilibre dans les cours d’eau est estimé à ce jour entre 200 millions et 250 millions de mètres cubes par an. Il va s’accroître dans les années à venir, sous l’effet du changement climatique. Il pourrait atteindre entre 1 milliard et 1,2 milliard de mètres cubes en 2050. » [1]« Le niveau des prélèvements réalisés pour les différents usages n’est plus compatible avec l’objectif de maintien des débits objectifs d’étiage adaptés au bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques », note le même préfet... en particulier quand les agriculteurs irrigants consomment 75 % des prélèvements d’eau en été  !

Le projet de barrage de Caussade – une retenue de 20 hectares, destinée à stocker 920.000 m3 d’eau pour irriguer 356 hectares – ressemble à s’y méprendre au projet de Sivens (Tarn), tant il présente les mêmes irrégularités et les mêmes dommages environnementaux  : destruction de plusieurs dizaines d’espèces protégées, destruction des zones humides, saccage d’un des derniers ruisseaux du secteur ayant conservé un état écologique remarquable.

Saccages environnementaux

« Il n’est plus possible de construire un énième barrage pour irriguer des cultures non adaptées à la disponibilité réelle des ressources en eau, a protesté France Nature Environnement (FNE). Une vraie réflexion doit avoir lieu pour changer de modèle agricole  : il convient de rendre compatibles les cultures avec les ressources en eau disponibles. » [2]

La préfecture du Lot-et-Garonne avait pourtant donné, le 29 juin, son feu vert à la construction du nouveau barrage de Caussade. FNE et la Sepanso  [3] ont donc saisi le tribunal administratif de Bordeaux. Et par un courrier conjoint, les ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique ont demandé à la préfète d’annuler l’autorisation des travaux. [4] Chose faite le 15 octobre.

Dans 100 % paysans, journal de la Coordination rurale (droite) du Lot-et-Garonne, son président, Patrick Franken a protesté : « Nous n’allons pas accepter que, depuis Paris, Bordeaux, Toulouse, des personnes hors sol décident de ce qui est bon ou ce qui ne l’est pas pour le Lot-et-Garonne. » Mais au final, la Coordination rurale s’est contentée d’attaquer en justice la décision d’annulation de l’arrêté préfectoral.

Dans une ordonnance du 13 novembre, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté cette requête. Pourtant, La Dépêche relevait dans son édition du 22 novembre que la Coordination rurale prétendait avoir commencé « de simples travaux d’aménagements de la voirie pour permettre aux engins d’accéder au chantier quand le nouvel arrêté sera pris dans les semaines à venir. Une position intenable bien longtemps, tant il semble évident, même au profane, que les engins actuellement sur place ne sont pas en train de tracer une route mais bien de creuser une retenue […]. L’issue semble donc inéluctable  : l’État, voire la justice, va intervenir pour faire cesser l’activité sur le site ».

Paul (AL 47)

[1Reporterre, le 6 novembre 2018

[2Communiqué de France Nature Environnement du 20 septembre 2018.

[3Fédération des sociétés pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest

[4La Dépêche du 5 octobre 2018

 
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