Entretien

Boris (AL branche jeunesse) : « Des comités d’action lycéens se sont montés »

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Alternative libertaire : Quelles sont les raisons de la mobilisation ?

Boris : C’est le projet de loi Fillon qui ne concerne pas seulement la réforme du bac. Le mouvement porte différentes revendications comme le refus de voir des flics dans les lycées, le rejet des liens avec les entreprises, entre le patronat et les lycées, le refus de voir disparaître des filières, par exemple STT (Sciences technologies et tertiaires), ou le Bac ES (Economie et social) devenir une option. À terme il pourrait disparaître mais il est indispensable, il permet une réflexion politique, sur des questions de société. Enfin un point très important, c’est le refus de l’orientation dès la cinquième.

Quels en sont les enjeux ?

Boris : La mobilisation peut empêcher d’avoir une école qui creuse encore plus les inégalités entre les riches et les pauvres, et qui forme à devenir un travailleur soumis. Il est prévu que les bahuts et les flics entretiennent des relations pour les problèmes de racket et de drogues. Mais les problèmes sociaux doivent être pris en charge par les lycées. Et puis si le bac s’obtient par le contrôle continu, il sera différent dans chaque bahut, ou dans chaque région.

Tu te retrouves dans ces revendications ?

Boris : Oui. Mais elles ne sont pas assez globales, ne s’inscrivent pas dans la durée, sur un projet de société. Elles ne proposent pas une autre éducation, ouverte à tous, plus libre, plus égalitaire. L’école doit apporter un esprit critique et donner des outils de réflexion.

Tu as pu intervenir dans ce sens ?

Boris : Il y a un certain refus à ce que les organisations politiques apparaissent, donc c’est assez difficile, mais j’ai pu en parler à certains et les idées libertaires sont bien accueillies, mais elles passent pour utopiques. On peut apporter au niveau des revendications, en montrant que le projet Fillon s’inscrit dans une logique capitaliste.

Comment s’est organisé le mouvement ?

Boris : Au début, il n’y avait pas de réelle mobilisation, en janvier on était 100 en Assemblée générale (AG), alors qu’on était déjà nombreux en manif. Mais les lycéens sont très motivés alors ça va très vite. On a fait une assemblée générale, un samedi, à Nanterre, on était une cinquantaine, on a voté une plateforme de revendications. Puis on a fait une deuxième AG, on a revoté la plateforme, en fait on la refait à chaque fois. On a aussi fait un rassemblement devant le ministère de l’Education nationale. Il y a des AG dans les bahuts puis une coordination parisienne qui se réunit en AG. En fait, il y a un groupe d’une centaine de lycéens très motivés qui est présent et qui animent le mouvement. Dans certains lycées, des Comités d’action lycéens (CAL) se sont montés. C’est une structure pour s’organiser, où il n’y a pas de hiérarchie. On travaille en commission : action, service d’ordre... les CAL se réunissent sur Paris pour voir les suites à donner au mouvement. On peut tout de même s’inquiéter de la suite du mouvement. Une AG a révélée bon nombre de querelles internes concernant l’organisation des actions, des manifs et des orientations du mouvement. L’unité des lycéens pourrait se faire bouffer par les orgas et autres pseudo-syndicats qui bavent sur les CAL qui, même s’ils sont encore fragiles, sont la seule structure garantissant une vrai unité et une réelle liberté d action. En fait les JCR sont très présents dans les CAL au point que certains lycéens pensent que les CAL c’est les JCR !!!

Et les moyens matériels ?

Boris : C’est un peu n’importe quoi. On essaye de changer ça, de se tourner vers les syndicats, on va voir avec Solidaires 75, ça devrait bien passer auprès des lycéens les plus mobilisés.

Quelles seront les conséquences du mouvement ?

Boris : Le mouvement peut obtenir le recul de Fillon. On a prévu de continuer après les vacances de février, avec une manif le 10 mars. Il peut apporter une politisation aux lycéens, leur faire comprendre que s’ils ne font rien ils vont perdre tous leurs droits.

Propos recueillis le 17 février 2005


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Les camarades lycéen(ne)s d’AL (en Région parisienne et à Rennes notamment) participent à l’animation de Comités d’action lycéens (CAL)/Coordination lycéenne, structures larges de mobilisation sur les lycées, à caractère "parasyndical", alternative auto-organisée face aux coquilles vides social-démocrates (FIDL et UNL). Structures intéressantes qui se définissent elle-même ainsi, dans un communiqué de presse du 6 février : « Nous nous sommes nommés Comités d’action lycéens lors de la première Assemblé générale du 20 janvier : nous sommes aujourd’hui présents dans 60 établissements scolaires, à Paris et en banlieue. La démocratie directe est la règle. Dans les lycées, seules les AG (qui peuvent réunir jusqu’à plus de 100 élèves) sont souveraines. De même, à la fin de chaque manifestation, l’ensemble des participants se retrouve en Assemblée générale pour décider démocratiquement des suites du mouvement. [...] Le projet risque d’aller vers une privatisation des services publics si chère au Medef. En effet le marché de l’éducation représente un potentiel énorme pour les "entrepreneurs". L’école devrait "former à se former en clair : formations privées, et à ses propres frais... Nous sommes bien loin de l’égalité des chances ! »

 
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