Bosnie : Des émeutes à la démocratie directe

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Depuis février, un vent de révolte souffle sur les Balkans et plus particulièrement sur la Bosnie-Herzégovine. Manifestations et émeutes, mais aussi développement d’une auto-organisation dans des assemblées populaires.

Le 5 février éclate en Bosnie un mouvement populaire, tout d’abord dans la ville minière de Tuzla (Nord-Est) puis dans la plupart des grandes villes, notamment Mostar et Sarajevo. Cette révolte a pour raisons principales la pauvreté d’une grande partie de la population ainsi qu’une forte corruption de la classe politicienne.

Dans ce pays de 3,8 millions d’habitants, entre 30 % et 40 % de la population est au chômage et le salaire moyen est de 420 euros. Les aides sociales n’existent pratiquement pas, certaines personnes (sur)vivent avec 60 euros de retraite et il n’y a pas de place sur le marché du travail. Quatre emplois sur dix sont concentrés dans le secteur public et beaucoup pour y accéder doivent prendre la carte d’un parti... Politicien, en Bosnie, est un métier lucratif, recevant des salaires élevés par rapport au reste de la population et pratiquant le clientélisme à tout va.

Mouvement sans représentant ni hiérarchie

C’est dans ce contexte qu’ont éclaté les émeutes. Le 7 février, le bâtiment de la présidence a été incendié à Sarajevo et d’autres bâtiments de l’administration ont été pris d’assaut par les manifestants dans différentes villes du pays. Le Premier ministre du canton de Sarajevo a démissionné. Dans le même temps, des assemblées populaires sont apparues, les Plenum. Celles-ci fonctionnent selon un principe de démocratie directe, dans un mouvement sans représentant ni hiérarchie et qui représentent le mouvement de protestation bosniaque.

Ces assemblées quotidiennes à Sarajevo et ailleurs peuvent faire participer jusqu’à 1 000 personnes, par l’occupation de l’espace public, et demandent entre autres une meilleure répartition des richesses, une amélioration des conditions de vie et une refonte du système politique.

La Bosnie a été une des principales victimes de la guerre de Yougoslavie durant les années 1990 et n’a pas une tradition forte de lutte sociale depuis, mis à part quelques groupes antifascistes dans les stades et quelques groupes communistes dans les grandes villes.

Colère populaire

Les conflits sont plus souvent liés à des problèmes de division ethnique entre personnes d’origines bosniaques, croates et serbes (souvent liés à la religion).

Ce qui est différent dans ce mouvement contestataire est le fait de parler de problèmes concrets. Aujourd’hui, il n’y a plus d’émeutes mais la colère populaire continue à s’exprimer dans les manifestations et dans les assemblées. Il faut espérer que ces mouvements d’opposition auto-organisés et spontanés continuent à apparaître dans toute cette région et partout ailleurs !

Solidarité avec les peuples en luttes contre les exploiteurs étatiques et capitalistes !

Vince (AL PNE)

 
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