Bruxelles : comment le précariat à vélo s’organise

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Une première révolte spontanée, une équipe de révolutionnaires qui ­s’établissent chez Take Eat Esay, puis Deliveroo et Uber : l’alchimie est en train d’opérer.

Le Collectif des coursier.es de Bruxelles est né en 2015 dans la défunte entreprise de livraison de repas Take Eat Easy (TEE)  [1] d’une conjonction d’événements. Le premier fut une révolte spontanée face à la dégradation des condition de travail. Les salaires étaient à l’époque bien supérieurs à ceux pratiqués aujourd’hui par les rapaces du secteur. Les coursières et coursiers étaient en majorité des étudiants et passionnés de vélo, on pourrait presque parler d’une « aristocratie » des coursiers. Cette révolte fut aisément matée par le management qui menaça de désactiver le compte des contestataires, concéda quelques facilités avec les vélos et mit en place une pseudo-concertation. Un premier militant, Trevor, va néanmoins participer de loin à cette première révolte spontanée.

Un boulevard pour une action syndicale de lutte

Quelques mois plus tard, Trevor fera part de cette expérience lors d’une réunion publique du collectif AL Bruxelles autour de la notion de précariat et de la nécessité de l’organiser. Il s’agissait alors d’un terrain relativement neuf et intéressant à plus d’un titre pour les révolutionnaires : secteur hautement technologique, à l’avant-garde de l’offensive capitaliste pour casser les droits sociaux ; salariat très précaire et jeune ; délaissé par la bureaucratie syndicale – particulièrement pesante en Belgique –, ce qui ouvrait un boulevard à une action ­syndicale de lutte.

Nous avons donc été plusieurs à nous établir comme coursiers chez TEE pour y faire de l’agitation. Au bout de quelques mois, nous avions rassemblé une cinquantaine de coursières et de coursiers. Ne le cachons pas, les amener à s’impliquer dans la durée est laborieux : avec un fort turn-over, c’est un public volatil ; la fréquentation des réunions est aléatoire ; passer d’une communauté virtuelle à une communauté de lutte prend du temps. Le temps jouera d’ailleurs contre nous, car à l’été 2016 TEE a fait faillite avant que notre collectif ait pu lancer ses premières actions.

D’un exploiteur à l’autre

Plutôt que de rester sur cet échec, nous avons utilisé notre expérience pour aller nous engager collectivement chez d’autres acteurs du secteur : Deliveroo et Uber. Au bout de quelques mois, nos réseaux étaient reconstitués. Notre noyau militant a permis de pallier le problème du turn-over en jouant le rôle de « mémoire collective », mais l’implication irrégulière des coursières et coursiers nous a poussé à sortir du modèle du « collectif souple » pour aller vers une structure plus formelle, avec adhésion claire et secrétariat identifié.

Nous allons voir ou nous mènera cette activité de terrain dans les prochains mois. Une chose est sûre  : nous sommes désormais structuré.es. Cet été, le collectif a mené une première action en solidarité avec les salarié.es du call center de Bruxelles menacé de fermeture.

Mancur Olson (AL Bruxelles)

 
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