Burkini : des arrêtés racistes et sexistes




Les décisions de certains maires, invalidée ensuite par le Conseil d’État, d’interdire le port du burkini sur les plages de leurs villes s’inscrit dans un climat islamophobe de plus en plus prégnant, qui révèle aussi une instrumentalisation de la défense des droits des femmes.

Des élus qui prennent des arrêtés municipaux pour interdire le burkini, validé par le tribunal administratif de Nice puis invalidé par le Conseil d’État. À Cannes et à Nice, des femmes verbalisées pour un vêtement, insultées publiquement par des propos racistes, et sorties de l’eau par la police municipale. Au nom de troubles à l’ordre public et de la laïcité, les politiques et les discours racistes sont de plus en plus libérés. Au prétexte de troubles à l’ordre public, ce sont toujours les mêmes qui sont visé-e-s : une fois encore les musulmans et musulmanes sont victimes de politiques racistes au nom de « la lutte contre le terrorisme ». Déjà avec l’instauration de l’état d’urgence, les musulmans ou supposé-e-s tel-le-s ont été les principales victimes des perquisitions administratives et des assignations à résidence. En faisant croire qu’un voile ou un burkini pourraient créer des « troubles à l’ordre public », l’amalgame raciste entre musulmans ou musulmanes et « terroristes » est fait.

Histoire coloniale de la France

Se revendiquer de la laïcité sert également à débrider les actes et discours racistes, alors qu’au niveau juridique, les conventions internationales incluent l’expression religieuse dans l’expression d’opinions dans l’espace public, et ne la limitent pas à la sphère privée. Cette conception de l’expression religieuse limitée à la salle de bains est utilisée pour discriminer les musulmans et les musulmanes. Ce racisme trouve sa justification par la culture, et non plus par une prétendue différence biologique. Cette justification suppose qu’il existerait une culture musulmane homogène, invariable, radicalement inconciliable, et menaçant ce qui serait une culture française ou occidentale, elle aussi prétendument homogène et invariable. Cela va dans le sens de la vision essentialisante et raciste du « choc des civilisations ». Ce sont toujours les musulmans depuis plus de trente ans que les médias interrogent sur leur compatibilité avec la république, « les valeurs françaises », etc. Et ce sont eux aussi qui se voient demander de se désolidariser lors des derniers attentats.

Cette vision raciste qui représente les musulmans et musulmanes comme des « intégristes », des « obscurantistes », est à rapprocher de l’histoire coloniale de la France quand elle se donnait pour mission de « civiliser » les peuples colonisés. Ces mesures islamophobes touchent spécifiquement des femmes. Encore une fois ce sont elles qui se voient interdire de s’habiller comme elles le souhaitent dans l’espace public. Elles sont opprimées car elles sont des femmes et parce qu’elles sont musulmanes ou perçues comme telles.

Ces actes racistes sont mêmes parfois justifiés au nom du féminisme. Il s’agirait de libérer ces femmes portant un voile, parce qu’elles seraient nécessairement aliénées, parce que leur nature serait d’être soumises à leur mari, à leurs frères. Cette rhétorique ne s’intéresse pas aux raisons qu’ont ces femmes de s’habiller de la sorte et ne prend pas non plus en compte les rapports sociaux. L’exclusion de fait de ces femmes musulmanes de l’espace public revient à les forcer à rester chez elles. Il est plus que temps de combattre cette escalade islamophobe de la part du pouvoir.

Quentin (AL Rennes)

 
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