CGT : Quelle place pour une intervention libertaire ?

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Le bouclage de cette édition intervenant à la veille du congrès confédéral CGT (22-28 mars), nous en rendrons compte dans notre édition de mai. Nous publions dans ce numéro une contribution interpellant les libertaires actif(ve)s dans la CGT (ils et elles sont plus nombreux qu’on veut bien le croire).

Silencieuse et très en retrait sur de nombreuses luttes, notamment contre les licenciements dits « boursiers » au cours de ces dernières années, la CGT n’en demeure pas moins une référence essentielle du syndicalisme en France.

Ballottés entre les tenants d’une ligne réformatrice prêts à de multiples contorsions pour obtenir la reconnaissance du syndicalisme intégré de la Confédération européenne des syndicats (CES), et une culture sectaire héritée de l’hégémonie du PCF en son sein, les militants et militantes de la CGT apparaissent déboussolés et en recherche d’un nouveau souffle face à une recomposition syndicale qu’ils maîtrisent mal.

Le 47e congrès confédéral de Montpellier répondra-t-il à ces interrogations ? Il est du rôle des militantes et militants communistes libertaires de proposer ci-après quelques orientations basiques pour une intervention dans la CGT qu’elles/ils ne sauraient déserter.

Représentativité

À l’issue des dernières élections prudhommales de décembre 2003, le syndicalisme CGT reste une référence essentielle du syndicalisme de lutte en France :

Avec 5 360 841 votants soit 330 292 de plus qu’en 1997, le taux de participation, loin des prévisions catastrophiques annoncées, de ces dernières élections prudhommales montre un regain d’intérêt de la part des salarié(e)s, malgré des conditions d’organisation particulièrement indignes, notamment dans les petites entreprises du privé où les salariés ont dû subir un véritable parcours du combattant pour aller voter.

De ce scrutin, il ressort une relative stabilité dans la hiérarchie des forces en présence. Contre l’attente de nombreux commentateurs, la CGT confirme sa première place avec 33 % des votants, malgré de fortes modifications du corps électoral. Rappelons, pour mémoire, que les sections Industries qui comptaient à elles seules la moitié de l’électorat CGT, ne représentent plus que 25 % des électeurs aujourd’hui.

Ces élections 2003 consacrent une véritable reconnaissance par les salarié(e)s de l’éclatement des forces syndicales et les premiers effets d’une recomposition en leur sein.

Du côté des organisations syndicales réformistes, l’UNSA atteint désormais le seuil de 5 % alors que se développe un vote CFTC bénéficiant d’un report de voix CFT, UFT et autres syndicats d’inspiration patronale.

Pour ce qui est des organisations de lutte, le G10-Solidaires atteint voire dépasse ce seuil de 5 %, lorsqu’il est représenté.

Mais ce « test de représentativité » que constitue les élections prudhommales, impose désormais une responsabilité particulière aux équipes syndicales de luttes, et en particulier dans la CGT :

Ces batailles syndicales pour la représentativité sont importantes et leurs résultats ne sauraient être ignorés dans l’appréciation d’un rapport de force global. Toutefois, elles ne sont rien sans un contenu fédérateur.

Le patronat et le gouvernement Raffarin, précédé en cela par divers ministères socialistes d’avant 2002, sollicitent et suscitent dans les entreprises de nombreux accords dérogeant en baisse à la loi sous couvert de signatures syndicales minoritaires. C’est pour cette raison qu’il relève aujourd’hui des militantes et militants se réclamant de la lutte de classe d’organiser, ensemble, les réponses appropriées afin de retirer toute légitimité à ces signatures.

La bataille menée aujourd’hui par la majorité de la fédération CGT de l’énergie opposée à son secrétaire général sur la modification du financement des retraites et leur rattachement au régime général prend, dans ce cadre, valeur d’exemple.

Se doter d’une stratégie de transformation sociale

Un bilan critique de l’activité passée est nécessaire, le 47e congrès vient à point. Bien que se revendiquant « confédérés », c’est-à-dire dotés d’un outil professionnel et interprofessionnel, les militantes et militants CGT ne sont paradoxalement pas les mieux armé(e)s et connaissent quelques difficultés à appréhender les contours nouveaux du salariat. Présent dans les luttes, capable de mobilisations fortes, le syndicalisme CGT souffre de l’absence d’une stratégie claire de développement et de fédération des luttes pour un projet de transformation sociale.

Face à la précarité organisée par les employeurs de tous bords, la vague de plans sociaux développée dans les grands secteurs industriels et le développement de la pauvreté, la stratégie de la confédération s’est essentiellement appuyée sur le relais politique que constituait la « gauche plurielle » au gouvernement jusqu’à avril 2002.

En n’envisageant que la perspective d’une « loi de modernisation sociale » ou « d’interdiction des licenciements », c’est à une véritable instrumentalisation des luttes que se sont livrées de nombreuses équipes syndicales qu’il serait erroné de mythifier pour mieux les opposer à leur confédération.

Le choc du 21 avril dernier et le retour de la droite aux affaires est venu toutefois perturber cette construction et nombreuses sont les réflexions critiques qui apparaissent, notamment dans les tribunes de discussion préparatoires au congrès de Montpellier.

Courant légitime à la CGT, partie prenante de sa construction, les libertaires ont à prendre leur place dans ces débats.

Seznec

 
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