syndicalisme

CGT : Révolution de palais ou révolution culturelle ?

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La crise de direction et d’orientation de la confédération ouvre des chances de redressement de la vieille maison qui fête ses 120 ans. Un replâtrage de façade avec un discours plus combatif serait mieux que rien mais n’y suffira pas. Un congrès des syndicats, sans le filtrage et le dosage habituel des délégués, est une des conditions du sursaut.

À l’heure où ces lignes sont écrites, juste après le CCN de janvier, il est parfaitement impossible de prévoir ce qui se décidera, ou pas, au CCN de février. Néanmoins, il est possible de tirer quelques leçons des semaines écoulées.

Mise à l’écart de l’aile la plus réformiste

La dérive depuis vingt ans et l’alignement progressif de la CGT sur la CFDT et un syndicalisme d’accompagnement étaient de plus en plus contestés en interne. Y compris dans l’actualité immédiate comme les propositions défendues avec la CFDT dans la négociation sur « le dialogue social ». La « révélation » visant Thierry Lepaon et partant de l’intérieur de la direction confédérale aura été la goutte qui fit déborder le vase.

Nombre de structures, y compris parmi les plus importantes, ont pris des positions fortes et radicales contestant aussi bien les méthodes antidémocratiques que les orientations confédérales. Au point de contraindre la direction confédérale à trouver des réponses, ou au moins un pare-feu.

Incapable de mesurer la colère des militants et des cadres syndicaux intermédiaires, Thierry Lepaon a d’abord cherché à s’accrocher jusqu’à finir par présenter une solution où il se gardait une place à la Commission exécutive confédérale (CEC) et composait un bureau (avec un secrétaire général) à sa main.

Le CCN du 13 janvier a repoussé cette issue en forme de farce qui resserait la direction autour de cadres « fidèles ». La mise à l’écart des représentants de l’aile la plus réformiste devait suffire à calmer la colère militante sans pour autant ouvrir les portes aux responsables syndicaux identifiés à une orientation syndicale plus combative. Une nouvelle fois le CCN désavouait la direction confédérale, sans compter la manipulation incroyable des mandats de la fédération de la santé qui était mandatée pour voter contre et qui se retrouve à voter pour (manipulation dont l’explication relève sordidement de la vie privée de secrétaires généraux !).

Nombre de fédérations et ­d’unions départementales, exprimant l’attente de leurs bases, refusent par ailleurs de se contenter d’une révolution de palais. Les propositions de congrès extraordinaire, de congrès de réorientation, de direction collégiale provisoire ont un large écho positif, tant il est vrai que les problèmes de la CGT ne se limitent pas aux méthodes et aux orientations du bureau confédéral. Hélas, l’autoritarisme, le centralisme, la complaisance, la prévarication, le déclin des positions de classe touchent tous les étages de la maison.

Faire vivre la démocratie syndicale

Il n’y aura pas de redressement sans une reprise en main des syndicats par les syndiqués : contrôle des délégués, élaboration collective des revendications et des modalités de la lutte, rotation des mandats, contrôle des instances « supérieures » par les syndicats de base… rien de tout cela ne se décrète. Mais nécessite juste que les syndiqués se décident à faire vivre une démocratie syndicale dont les principes sont anciens, connus et validés mais trop souvent oubliés.

Jean-Yves (AL 93)

 
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