CPE : Restons soudés face à la répression

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4500 interpellations, 1950 gardes à vue, 637 poursuites, 71 peines de prisons fermes, 167 avec sursis... tout ça concentré en trois semaines, entre fin mars et début avril. C’est bien lors des mouvements de masse, tel que celui contre la loi dite d’égalité des chances (LEC) que le concept de criminalisation du mouvement social prend tout son sens.

L’essentiel des victimes de cette répression n’ont pas le profil systématiquement décrit par les medias et le gouvernement. Ce sont souvent des jeunes lycéen(ne)s, étudiant(e)s ou travailleur(se)s précaires, la plupart du temps arrêté(e)s pour violence sur agent sans interruption temporaire de travail (ITT). Le complément « sans ITT » signifiant que la victime n’a pas été identifiée, en gros, que la personne se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment : fin de parcours, manif sauvage, contrôle d’identité dégénérant dans les gares de banlieues... On dénombre extrêmement peu de condamnations pour vol ou dégradations et la plupart des casiers étaient vierges avant ces procès.

Une justice d’exception pour briser les mouvements sociaux

Les objectifs pour le gouvernement étaient multiples : faire du chiffre, stigmatiser le mouvement, faire cesser les nombreuses actions « coups de poing » et l’affaiblir directement. De très nombreux(ses) animateur(ice)s ont ainsi fait l’objet d’arrestations ciblées.

Et c’est bien une justice d’exception qui a été employée. Outre que les vices de procédures ont été nombreux lors des arrestations et gardes à vue, les directives du gouvernement appelant les procureurs à la fermeté et à la vitesse (comparutions immédiates) ne font plus aucun mystère.

Au final, les enfermements immédiats, les interdictions de droit civiques ou de travailler dans certains secteurs de la fonction publique sont bel et bien devenus des réalités pour de nombreux(ses) militant(e)s.

Enfin, ajoutons à cette répression le côté administratif. L’emblème de cette répression restera la liste noire de la Sorbonne. Le recteur a interdit à des étudiant(e)s de mettre les pieds à la fac et a reconnu avoir une « liste », dont la totalité du contenu reste inconnue. Ces interdictions ont pris fin à la mi-juin.

Une riposte dispersée

Face à cette poussée répressive, le mouvement étudiant et lycéen a eu du mal à s’organiser. La coordination nationale étudiante a abordé le problème dès mars, mais s’est effondrée avant d’avoir pu monter une structure nationale solide. Les inculpé(e)s isolé(e)s ou non organisé(e)s se sont ainsi retrouvé(e)s démuni(e)s et ont dû se défendre seul(e)s.

Localement, des collectifs anti-répression à composition variable ont assuré la défense des victimes. Ainsi, à Aix, toutes les forces politiques et syndicales, y compris la CGC et la CFTC, étaient présentes aux procès, finalement reportés, des étudiants inculpés (dont nos camarades Jean-Pascal et Valentin). À l’inverse, à Paris, un collectif issu du réseau contre la répression du mouvement lycéen contre la loi Fillon mais distinct de celui-ci, très marqué à l’extrême gauche, n’a pas réussi à agréger des forces suffisantes et a périclité. À Rouen, un collectif très large et intersyndical s’est monté pour défendre deux membres de l’UNEF, mais n’a pas organisé la défense des autres inculpés. SUD Etudiant a dressé une liste non exhaustive de collectifs locaux antirépression dans son communiqué du 6 juin.

Par ailleurs, si pour l’essentiel les organisations syndicales et politiques ayant participé à la lutte sont partie prenante localement du combat contre la répression, sur le plan national, elles peinent à prendre position. Pourtant les procès se poursuivent ! Ceci tient sans doute à la confusion construite par le gouvernement et les medias sur la nature des inculpé(e)s. Mais on peut aussi sérieusement penser que ces organisations, qui pour l’essentiel n’ont pas soutenu les actions radicales, se refusent à défendre des militant(e)s ayant prôné l’action directe.

Pourtant, ces actions, largement portées ou assumées par les étudiant(e)s, ont bien été un facteur décisif dans la construction du rapport de force. Par ailleurs, rappelons que l’essentiel des inculpé(e)s étaient avant tout au mauvais endroit au mauvais moment. La lutte contre la répression est la poursuite naturelle de la lutte contre la LEC. Si elle ne rassemble évidemment pas autant de monde qu’en mars, les noyaux militants encore présents peuvent suffire à organiser des rassemblements de soutien lors des procès, à remplir les salles d’audience pour ne pas laisser les inculpé(e)s seul(e)s face à la justice et à organiser des collectes de soutien pour que les peines financières soit assumées collectivement. Ce soutien est essentiel pour que l’action directe, y compris sous ses formes allégées : désobéissance civile, piquets de grève..., reste crédible.

Grégoire Mariman (AL Paris Sud)


Voir les sites :
- http://repression-printemps.samizdat.net/
- http://repression2006.blogspot.com/

 
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