Cambridge Analytica : Facebook et l’araignée dans la toile

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Le scandale Cambridge Analytica fait rage au Etats-Unis, après que les données de la majeure partie de la population, collectées par Facebook, ont permis une manipulation massive de l’opinion, dans l’objectif de faciliter l’élection de Trump.

Le 16 mars, la société Cambridge Analytica a été accusée par des enquêtes du New York Times et du Guardian d’avoir illégalement acquis en 2016 les données de près de 90 millions d’utilisateurs et utilisatrices de Facebook afin de pratiquer du ciblage publicitaire. À travers ce ciblage, Cambridge Analytica aurait influencé activement l’opinion des victimes en faveur d’un de ses principaux clients  : Donald Trump, alors en pleine course électorale. La société serait également largement responsable du Brexit. Le tout sans que Facebook, bien consciente du détournement, ne les en empêche  : la complicité semble avérée. Pour Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, ce type de ciblage publicitaire est en fait parfaitement normal, puisque c’est sa source (faramineuse) de revenus. Le pauvre a dû être bien surpris en constatant que suite aux révélations, le cofondateur du logiciel de messagerie instantanée Whatsapp, une filiale du groupe de Zuckerberg, lançait un mouvement massif de suppressions de comptes Facebook, sous le mot-dièse #DeleteFacebook (#SupprimerFacebook). D’après un sondage mené par le groupe Techpinions, 9 % des habitants des États-Unis auraient supprimé leur compte  ! Zuckerberg a également dû être bien surpris en observant le cours de l’action Facebook chuter de près de 20 % par rapport au pic du 5 février. Ou encore en recevant la convocation du Congrès américain, devant lequel il a dû témoigner et s’excuser platement mi-avril.

Oui, mais… Cette affaire n’a-t-elle pas un goût rance de déjà-vu  ? Lors du scandale Prism révélé par Edward Snowden, le monde avait également «  découvert  », avec «  horreur  », les capacités de la NSA, agence d’espionnage étatsunienne et premier employeur du pays dans les mathématiques et l’informatique. Protestations, plates excuses, documentaires, chasse à l’homme avaient suivi. Le monde s’était ému, tout comme on s’émeut aujourd’hui des capacités et du manque d’éthique de Facebook. Et ensuite  ? Rien…

Des menaces dénoncées depuis longtemps

Richard Stalmann, pionner du logiciel libre avec la license publique générale GNU

Est-ce que Prism a empêché Cambridge Analytica  ? Non. Est-ce que Cambridge Analytica empêchera le prochain scandale  ? Certainement pas. Cependant, chacune de ces deux affaires aurait pu être évitée. Car les libristes que nous sommes tirons la sonnette d’alarme depuis bien longtemps déjà. Les capacités de surveillance et de contrôle de masse apportées par les nouvelles technologies et le numérique sont dénoncées depuis au moins les années 1980 et les premiers coups de gueule de Richard Stallman, fondateur de la Free Software Foundation (Fondation pour le logiciel libre). C’est en nous appuyant sur une certaine expertise en informatique ou en mathématiques que nous formulons nos inquiétudes ou nos critiques. Il ne faut pas s’y tromper  : ces mutations technologiques vont changer en profondeur le système capitaliste, patriarcal et raciste dans lequel nous vivons, et il y a fort à parier que, du point de vue des valeurs que défendent les libristes comme les libertaires, ce soit pour le pire. Alors on arrête de prendre les autres pour des paranos et on écoute ce qu’ils et elles ont à dire  ?

Le groupe de travail librisme d’Alternative libertaire

 
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