Casse de l’enseignement professionnel : Les lycées pro se rebiffent

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Alors que la mayonnaise semblait ne pas prendre dans l’éducation nationale, une forte contestation monte depuis les lycées professionnels. Une lutte qui s’inscrit dans la durée et qui présente des enjeux de politisation pour la jeunesse.

Xavier Darcos, ministre de l’éducation Nationale, par une note du 29 octobre envoyée en catimini à tous les recteurs d’académie, a décidé sous couvert d’égalité avec le bac général de passer de 4 à 3 ans la durée de formation pour obtenir un bac professionnel, rendant caduc le Bep. Cette réforme s’échelonnerait jusqu’en 2012. La réforme Darcos, pour alléchante qu’elle puisse paraître aux familles, est un déni des vives difficultés scolaires et sociales que les jeunes orientés en lycées professionnels (LP) rencontrent. Le Bep est souvent le moyen d’y remédier et de prétendre à une poursuite d’études en Bac pro. La grande partie des lycéens de LP n’accédera pas au Bac pro 3 ans, ils se retrouveront en échec à l’issue de la 1re année. En fait, les élèves de LP seront orientés vers un CAP (en apprentissage ?), les meilleurs iront en Bac Pro 3 ans. Où trouver le reste des effectifs ? Chez les jeunes des filières technologiques, ce qui devrait mettre à mal les bacs technologiques.

Par ailleurs, les 69 bacs pro actuels seraient ramenés au nombre de 20, devenant des diplômes plus généralistes et moins en adéquation avec un métier, entraînant une déqualification des jeunes sur le marché du travail et une remise en cause des conventions collectives. En outre, le titulaire d’un bac pro 3 ans devra se chercher une formation professionnelle en entreprise pour parfaire sa formation. L’employabilité et la polyvalence du futur salarié sont des objectifs visés par le grand patronat.

Intimidations et désinformation

En Bretagne, les lycéennes et les lycéens des LP sont descendus dans la rue contre le bac pro 3 ans, bloquant plusieurs LP. Ils et elles ont fait l’objet d’intimidation, de désinformation et de répression de la part de proviseurs n’hésitant pas à exclure, à convoquer des réunions de délégués de classe pour porter la bonne parole du ministre, à distribuer des tracts de contre-argumentation. Brest a connu de violents affrontements entre lycéens et gardes mobiles. Mais la mobilisation n’a pas faibli.

Les enseignantes et les enseignants sont entrés en scène le 13 décembre. Une intersyndicale académique appelait à une journée de grève et à des manifestations conjointes profs-lycéens. Elle a été un succès : 2500 manifestants environ et des taux de grévistes allant jusqu’à 70 % dans de nombreux LP. Il est rare de voir profs et jeunes côte à côte, scandant d’une même voix. C’est ce que craint le pouvoir. Rare que des tracts de la Cgt soient distribués en direction des lycéens de LP. Confirmation que lorsqu’un syndicat mobilise et va sans démagogie vers les jeunes, la politisation et la conscience des enjeux de la lutte à mener se font plus aigus.

Darcos a fait passer sa réforme sans se mettre au préalable des syndicats dans la poche. Le 18 décembre, 4 syndicats réparaient cet oubli (Snetaa majoritaire dans les LP, Sgen-Cfdt, Unsa et Snalc) en signant un protocole de discussion, Darcos ayant reporté la réforme à la rentrée 2009… Pourtant le projet est toujours d’actualité en Bretagne pour la rentrée 2008 ! La lutte doit continuer pour obtenir le retrait total. Les annonces de suppression de postes, ventilées par établissement, tomberont courant janvier. L’occasion de montrer que cette réforme obéit aussi à une logique comptable.

Cette droite n’est en rien l’avocate des classes populaires. Ce serait un bon coup de bâton dans la roue gouvernementale si un mouvement national liant profs, lycéens et parents de l’enseignement professionnel et technique se développait. C’est ce à quoi nous nous employons en tant que militants communistes libertaires et syndicalistes révolutionnaires.

Ermon (AL Lorient), le 21/12/2007

 
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