antiracisme

Ce qu’annonce le succès de la Marche de la dignité

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La Marche de la dignité, à Paris, qui a marqué le 10e anniversaire de la révolte de 2005 dans les banlieues françaises, est un événement politique. Un événement, qui se distingue des mobilisations habituelles sur trois points particulièrement positifs.

Le premier, c’est une participation en hausse par rapport aux habitudes : 10.000 marcheuses et marcheurs venus de plusieurs régions de France, c’est bien plus que les 3.000 à 5.000 personnes auxquelles les manifestations antiracistes nous avaient habitués ces dernières années. Un public bigarré, de tous les âges, féminisé et plutôt politisé, comme l’indiquaient la quantité de pancartes artisanales portant des slogans personnels et, a contrario, le faible nombre de drapeaux français, algériens, tunisiens ou marocains dans la foule – l’affichage de drapeaux nationaux étant en général l’indice d’une mobilisation plus émotionnelle que politique. L’emblème le plus arboré a été sans conteste le drapeau palestinien, qui est sous nos latitudes, avant tout un symbole politique : celui de la résistance à l’oppression et au colonialisme.

Le deuxième point positif, c’est que le coup d’envoi a été donné par le collectif Marche des femmes pour la dignité (Mafed), composé de 70 militantes d’horizons divers, mais ayant pour point commun de subir le racisme d’État. Une visibilité inédite des femmes en lutte, dont il faut espérer qu’elle pèsera dans le nécessaire renouveau du féminisme dans ce pays.

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La tête de la marche
Photo Karim El Rifi

Le troisième, c’est la place prépondérante qu’ont occupée, dans la genèse et dans l’organisation de l’événement, la myriade d’associations qui composent le mouvement social de l’immigration et des quartiers populaires : groupements de travailleuses et travailleurs immigrés (ATMF, ATF, FTCR...), d’habitantes et d’habitants de quartiers (dont le FUIQP), familles de victimes de crimes policiers (Ali Ziri, Amine Bentoussi, Wissam el Yamni…), associations de lutte contre l’insécurité policière (Urgence Notre police assassine, Stop le contrôle au faciès…), associations antiracistes communautaires (La Voix des Rroms, Brigade antinégrophobie, CRAN…), anticolonialistes (propalestiniennes, kurdes…), féministes issues de l’immigration (Femmes en lutte 93, Mamans toutes égales, Lesbiennes of colors…), migrantes et migrants (comités de sans-papiers du 92, du 93, des Baras, UNSP, Droits devant !!, collectif du lycée Jean-Quarré, émaillé de quelques drapeaux syriens) [1] .

Une ambiance combative et saine

Les détracteurs de cette Marche avaient cherché à la discréditer en en faisant la chose du Parti des indigènes de la république (PIR), connu pour ses dérapages essentialistes. Les faits les contredisent, tant la présence du PIR dans la rue était insignifiante.

Les organisations politiques et syndicales, piliers traditionnels des manifestations antiracistes et de soutien aux migrant.e.s – Solidaires, NPA, AL, CGA, CNT, Ensemble, Action antifasciste Paris-banlieue, etc. – n’étaient pas à l’origine de cette manifestation. Sollicitées dans un second temps comme soutien, elles étaient là, fermant la marche.

Des associations cultuelles – exclusivement musulmanes – étaient également associées à l’initiative. Disons-le nettement : l’immixtion de la religion dans un mouvement social n’est pas notre tasse de thé. Elle n’est compréhensible ici que par une volonté de défier la stigmatisation dont souffre la minorité musulmane dans les médias et dans la classe politique française. Pour autant, l’ambiance de la manifestation n’avait rien de bigot – dignitaires et slogans religieux en étaient notoirement absents, et c’est heureux.

Moins heureux : les invectives antisémites qui ont jailli, sporadiquement, sur le passage de la banderole d’un nouveau collectif, Juives et Juifs révolutionnaires (JJR). Invectives isolées, et largement contrebalancées par les nombreux témoignages d’amitié et les encouragements reçus tout au long du parcours.

D’ailleurs, on n’a relevé ni quenelles, ni ananas et autres signes codés du répertoire soralo-dieudonnesque, ce qui témoigne de la résistance à la pénétration de l’extrême droite dans le mouvement social des quartiers, peut-être même d’un début de désuétude de cette mode imbécile. Autres grands absents, à l’autre bout du spectre politicien : SOS-Racisme et la Licra qui, de toute façon, n’ont plus guère de crédit que dans les sphères gouvernementales.

Plus regrettable à notre sens : l’absence du Mrap et de la LDH, qui n’a pas été explicitée.

Une étape a été franchie

Cette Marche de la dignité a donc été un succès. Ses suites dépendront de la volonté des habitantes et des habitants des quartiers populaires d’entendre cet appel, et de s’organiser concrètement. Face au mépris, à la stigmatisation, à l’abandon par les services publics, il faut qu’une protestation plus puissante monte de la « France invisible ». La révolte de 2005 avait été un coup de tonnerre ; dix ans plus tard, le mouvement social des quartiers se cherche toujours, mais il vient indubitablement de franchir une étape dans sa structuration.

Alternative libertaire, le 1er novembre 2015

[1] L’ensemble des signataires est disponible ici.

 
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