Chiapas-EZLN : Les zapatistes partagent leur expérience




Les zapatistes organisaient des rencontres internationales au Chiapas en août, selon leur volonté de reprendre contact avec les organisations sociales et indigènes du Mexique et du monde.

Les zapatistes ont de nouveau surpris tout le monde cet été, en recevant environ 1700 personnes dans leurs communautés pour ce qu’ils avaient appelé la escuelita (petite école), où ils et elles ont enseigné pendant une semaine ce qu’est « la liberté selon les zapatistes ». Les participants, issu-e-s des mouvements sociaux du monde entier (jusqu’en Inde ou Afrique du Sud), étaient réparti-e-s dans différentes communautés des cinq caracoles (régions zapatistes), où ils vivaient avec des familles d’accueil. Les «  classes  », données par les bases zapatistes avec des manuels créés pour l’occasion, détaillaient l’organisation autogestionnaire que les zapatistes ont développé ces dix dernières années depuis la création des juntas de buen gobierno (unions de bon gouvernement), organes de gouvernement autonome des communautés.

Cours de zapatisme

Les zapatistes ont présenté d’une part les différents programmes (santé, éducation) et projets (communication, boutiques, artisanat, café, fabrique de chaussures, banque autonome) qui leur ont permis d’améliorer leurs conditions de vie. D’autre part, ils et elles ont expliqué comment fonctionnent leurs systèmes politique et de justice, basés respectivement sur les principes du mandar obedeciendo (commander en obéissant) et de la rééducation et réparation plutôt que de la punition. Ils et elles ont aussi souligné l’importance du rôle des femmes dans leur mouvement. Le côté empirique de l’expérience n’était pas caché, avec les erreurs et les tâtonnements qui accompagnent tout processus de construction d’une nouvelle société.

Un exemple d’autonomie

La escuelita était l’une des premières activités organisées par les zapatistes depuis leur récente reprise de leurs activités nationales et internationales, après quelques années passées à construire leur autonomie hors de la lumière médiatique. Cette nouvelle phase a été lancée par une mobilisation massive le 21 décembre 2012 et par de nombreux communiqués réaffirmant les principes révolutionnaires zapatistes, leur vision de l’autonomie, et l’exigence de l’application des Accords de San Andres. L’importance de la construction, et pas seulement de la critique et de la résistance, a été soulignée, d’où l’idée de la escuelita pour présenter ce qui a été réalisé en territoire zapatiste.

Organiser la lutte des Peuples indigènes

Dans le même esprit de travail national et international, les zapatistes avaient convoqué avec d’autres organisations indigènes, juste après la escuelita, la Catedra Tata Juan Chavez, du nom d’un leader Purépecha décédé un an plus tôt. Tenu à San Cristobal de las Casas, cet évènement réunissait environ 500 délégué-e-s de peuples indigènes du Mexique et des Amériques, chacun expliquant la situation et la lutte de son peuple. Les zapatistes se sont proposé de recevoir dans leurs communautés des militants et des militantes de base de ces peuples pour les former aux principes et à la pratique de l’autonomie, et une déclaration commune a été publiée, réclamant la justice pour les prisonniers et prisonnières politiques, les disparu-e-s et les exilé-e-s.

Face à la destruction constante des peuples et de la nature par le capitalisme et les mauvais gouvernements, les zapatistes réaffirment une fois de plus la nécessité de s’organiser, du local au global, pour construire un mundo donde quepan muchos mundos (un monde fait de plusieurs mondes). Et de par leur expérience et leurs actions, ils et elles montrent l’exemple, en espérant qu’il serve à la construction de luttes similaires partout sur la planète.

Jocelyn (AL Montreuil).


Les accords de San Andres

Fruits des négociations entre le gouvernement mexicain, l’EZLN et d’autres peuples indigènes, ces accords sont signés le 16 février 1996. Ils reconnaissent l’existence des peuples indigènes au Mexique et leurs donnent de nouveaux droits, notamment le droit à l’autonomie, c’est-à-dire à s’organiser selon leur propre volonté au niveau politique, économique, social et culturel. Au moment de traduire les accords en loi, le président Zedillo introduisit des changements inacceptables par les zapatistes, ce qui annula les efforts faits jusqu’alors. L’introduction de ces accords dans la constitution mexicaine est toujours l’une des revendications majeures des luttes indigènes.

 
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