Chili : Un mouvement libertaire en plein essor

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L’élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili (2006) avait enthousiasmé les médias européens. Pourtant, les difficultés sociales demeurent et la répression a même connu un certain durcissement. Dans cette situation, quel rôle jouent les communistes libertaires ?

Depuis la fin de la dictature en 1989, de nombreux problèmes traversent la société chilienne, sans trouver de réponse politique : accès au logement, surendettement, pauvreté, répartition foncière... Durant la dernière décennie, les luttes se sont multipliées. En 2004, des terres étaient ainsi occupées à Peñalolén, contre les grands propriétaires de la région. L’année suivante, c’était au tour des lycéens et des étudiants de se lancer dans un grand mouvement de protestation, la « révolution des pingouins ». Enfin, aux quatre coins du pays, se développe une association d’aide aux sans-abri, l’Agrupación de pobladoras y pobladores sin techo, qui milite pour le droit à un logement décent.

Les libertaires ont été partie prenante de ces initiatives : ils étaient en effet mieux organisés que par le passé. Quelques années plus tôt, en 1999, un congrès d’unification des anarcho-communistes (CUAC) avait été fondé et s’était transformé en Organisation communiste libertaire (OCL) trois ans après.

Les communistes libertaires s’efforcent d’implanter des tendances révolutionnaires à l’intérieur des syndicats, dans certains secteurs de l’économie, comme les mines de cuivre, les entreprises forestières ou l’industrie portuaire. Cette action se double d’engagements artistiques et culturels – comme la création d’associations, consacrées à la peinture murale.

Organisations en construction

Actuellement, l’OCL est une des deux principales formations libertaires. Une seconde organisation existe, le Front des étudiants libertaires (FEL), fondé en 2008 et tourné vers les milieux étudiants. Le FEL est très impliqué dans les mouvements d’éducation populaire, au sein de bibliothèques de quartiers, de radios communautaires, d’ateneos (associations culturelles d’inspiration libertaire)...

Les militantes et militants veulent concilier des pratiques politiques libertaires avec une participation aux mouvements sociaux. Les divergences tiennent surtout à des considérations tactiques ou organisationnelles. La question des liens entre l’OCL et le FEL a été posée ; certains militants se considérant comme le bras universitaire de l’organisation, d’autres revendiquant leur autonomie politique. Certains d’entre eux ont finit par rejoindre une troisième organisation, créée en mars 2008, Estrategía libertaria (EL), qui critique le fonctionnement de l’OCL, qualifé d’« ultra-gauche ». EL continue elle aussi de suivre de près la lutte des sans-abri ou de s’investir dans le champ syndical et ses militants étudiants participent à la FEL.

Ces divergences n’empêchent pas les trois organisations d’agir dans des buts communs. Leur développement – et leurs querelles – témoignent du renouveau communiste libertaire au Chili.

Ghislain (AL Marseille)

 
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