Chômage : Des marches pour mobiliser

Version imprimable de cet article Version imprimable


Des marches ont été organisées du 10 juin au 6 juillet par les organisations de chômeurs et chômeuses. Parties de la Réunion, elles ont sillonné la France avant une manifestation finale à Paris le 6. La mobilisation n’est pourtant pas à la hauteur des enjeux.

Une proposition du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) aux autres organisations de chômeurs et chômeuses, aux associations de lutte contre les exclusions et aux syndicats est à l’origine d’une série de marche contre le chômage. L’Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et travailleurs précaires (Apeis), Agir ensemble contre le chômage (AC !), Droit au logement, Solidaires et FSU ont répondu positivement, tandis que la CGT chômeurs ne donnait pas suite, pas plus que la CGT Pôle emploi ni la confédération CGT.

Chômage et inégalités, un enjeu brûlant

Les organisations de chômeurs et chômeuses sont faibles, avec des implantations locales disparates. Nous sommes loin du mouvement de la fin des années 90. Pour autant, on ne peut que soutenir l’idée d’une action directe des chômeurs et des chômeuses, d’autant qu’ils et elles sont plus de cinq millions dans le pays, que huit millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et trois millions et demi sont mal logées.

Pour les organisateurs, « les marches sont un moyen de mobilisation politique pour rendre visible, dans l’espace public, ce qui tend à être masqué ou détourné dans l’espace médiatico-politique. Elles s’accompagnent de moment d’expression de partage et de solidarité, et sont, pour les organisations appelantes et solidaires du mouvement, un moment privilégié pour porter leurs revendications et appeler les gouvernants à en tenir compte ».

Deux marches sont donc parties du Sud (Montpellier, Sète, Narbonne, Toulouse, Clermont-Ferrand, Montluçon, Tours…) et de l’Est (Haguenau, Strasbourg, Thann, Belfort, Saint-Dizier…) S’y sont succédés débats, rencontres avec des salarié-e-s en lutte, manifestations, etc. Mais l’ensemble demeure d’une portée fort modeste au regard de l’enjeu. Près de cent organisations ont signé un appel unitaire contre le fascisme qui explique, fort justement, que celui-ci se nourrit des peurs face à l’avenir, que le chômage et la précarité sont un terreau pour l’extrême-droite, et qu’il faut reconstruire l’espoir collectif en une société plus égalitaire, en imposant une autre répartition des richesses. Ces marches posaient directement, ces questions : le désintérêt de nombre d’organisations « ouvrières » montre encore une fois l’incohérence de certains discours politiques…

Quelle organisation pour lutter contre le chômage

Il ne s’agit pas de prétendre, à travers ce type d’initiatives, remplacer le travail quotidien avec les chômeurs, chômeuses, précaires, salarié-e-s. Mais de telles actions permettent de créer une dynamique. Les marches des années 1994 à 1997 y avaient fortement contribué. En ce sens, le pari tenté autour de celles de 2013 n’est pas réussi. Ce n’est pas un échec pour autant, si nous les utilisons pour porter le débat dans nos sections syndicales, sur la nécessité de faire de l’action directe une priorité et sur l’urgence d’agir sur les sujets dont nos textes syndicaux disent que ce sont des priorités : la précarité, le chômage, la misère.

La forme même d’organisation collective des chômeurs et des chômeuses mérite sans doute d’être rediscutée. Depuis une vingtaine d’années, trois associations nationales (Apeis, MNCP, AC !) fédèrent chacune des collectifs locaux qui travaillent, plus ou moins, avec des syndicats Solidaires, FSU ou CNT-f. Il y a très longtemps qu’AC !, aujourd’hui la plus faible des trois associations, a perdu sa spécificité d’origine, l’implication de structures syndicales dans le mouvement. La CGT maintient le choix d’une organisation spécifique en son sein, le Comité des privés d’emploi et précaires. Disons-le, à l’usage, aucune des deux formes ne s’avère être « la » solution pour organiser en masse les chômeurs et les chômeuses, leur permettre de décider de leurs actions et de peser notamment sur les négociations qui les concernent directement (conventions Unédic, fonctionnement de Pôle emploi).

Mouldi C. (AL Transcom)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut