Christine (assistante sociale dans le 93) : « ce dont les personnes ont besoin, pour aller mieux, ce sont des droits »

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Christine est assistante sociale dans un Lycée du 93, classé en ZEP. Nous nous sommes entretenus avec elle sur les conséquences que la politique gouvernementale en matière d’assurance maladie va entraîner pour les immigrés et les populations précarisées plus généralement.

Alternative libertaire : Que penses-tu des nouvelles mesure de la droite en matière d’assurance-maladie qui concernent les sans-papiers ?

Christine : Jusque-là, déjà, c’était pas terrible ; moi j’étais contre deux systèmes différents, avec les sans-papiers qui étaient à part. Beaucoup de personnes ne savaient pas qu’elles avaient droit à l’AME (Aide médicale de l’État). Mais là, cela me révolte. J’ai vu ces jours-ci une jeune fille qui n’avait plus de papiers d’identité. Elle avait un blessure qui s’est infectée, et elle n’avait pas pu se soigner. Il a fallu trouver une consultation précarité - les gens ne savent pas où elles se trouvent -, on lui a fait les premiers soins ; on lui a dit que ce n’était plus urgent, et qu’il fallait attendre d’avoir de nouveau une couverture sociale, pour la suite. On va l’opérer et peut-être l’amputer. Et la réforme n’est pas encore en application…

Qu’est-ce que cela va entraîner pour les travailleurs sociaux ?

Christine : Encore plus de temps passé pour des démarches, avec en plus des rapports motivant une demande de prise en charge de soins par exemple, bref, faire pleurer. Renvoyer les gens au cas par cas, l’assistanat. Alors que ce qu’on veut, et ce dont les personnes ont besoin, pour aller mieux, ce sont des droits. Et sans avoir besoin d’une assistante sociale (AS) pour se faire soigner. Le droit à la santé c’est la base.

Et une AS, c’est quoi alors son boulot ?

Christine : Accompagner les personnes pour récupérer leur autonomie.

Comment vois-tu la mobilisation ?

Christine : Je pense que les AS vont repartir en lutte. D’ailleurs c’est commencé sur le 93.

Qu’est-ce que tu as envie de dire aux lecteurs ? Est-ce que tu penses que les syndicalistes se préoccupent de ces questions ?

Christine : Cela dépend. Les militants qui lisent Alternative libertaire, oui. Mais les autres ? Je crois qu’il y a encore beaucoup à faire pour que les salariés qui ont un statut, se sentent concernés par rapport à la question de l’immigration, par rapport à la couverture maladie des sans-papiers.

Cela va toucher les précaires aussi. Déjà, il y a les mesures sur le délai de carence pour la CMU...

Christine : Oui, cela voudra dire pour les personnes qui ont les plus bas revenus, des ruptures de prise en charge, des aggravations des problèmes de santé, et l’insécurité.

Et le travail qu’on fait auprès des femmes sur les violences, sur l’avortement, la prévention… ?

Christine : En dehors même des graves difficultés d’accès aux soins, est-ce qu’on peut penser qu’un gouvernement qui s’attaque à la santé des plus pauvres va se préoccuper de la lutte contre les violences conjugales, les viols, le mariage forcé, la contraception ? Je ne crois pas. Et il y a aussi la prétendue lutte contre l’insécurité. Cela fait des années qu’on est nombreux à vivre et travailler dans le 93, et obligés d’entendre que si on est contre les politiques sécuritaires, c’est parce que on y vit pas.

Alors, Sarkozy, en plus... Il cherche à aggraver les problèmes, je crois. Et il va réussir. La stigmatisation des jeunes, alors qu’on ne parle pas des délits des adultes. L’aggravation du harcèlement au faciès. On va à l’affrontement. On sait très bien que toutes les institutions fermées répressives engendrent les conflits et aggravent la situation des personnes. On cherche à empêcher l’écoute, le dialogue avec les jeunes.

On les maltraite et on sait très bien ce que la maltraitance donne comme résultats.

Propos recueillis par la commission Journal

 
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