Chronique « Ni Dieu ni maître d’école » : Francisco Ferrer et l’école libertaire

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Arrêtons-nous un moment sur l’éducateur catalan qui fonda la première école moderne, ou rationnelle, type d’école vouée à l’émancipation des classes populaires. Ferrer va voyager jusqu’aux tropiques latino-américains, jusqu’à un Brésil du début du XXe siècle marqué par la présence des immigrants européens, dont une partie non négligeable imprégnée d’idées libertaires vont contribuer à l’éclosion d’écoles inspirées de Ferrer.

Né en 1859 et bien qu’issu d’une famille catholique conservatrice et royaliste, Francisco Ferrer va démontrer très tôt une indépendance d’esprit qui va le voir fréquenter des organisations très éloignées des cercles où le catholicisme espagnol intransigeant avait coutume d’endoctriner les esprits. Ainsi animé d’un désir d’apprendre, il va lire par lui-même et apprendre auprès des républicains de l’époque (le meunier chez qui il est placé à 14 ans jouera aussi un rôle décisif dans sa formation intellectuelle) et des internationalistes qui font alors figure d’épouvantails auprès des esprits bien-pensants de l’époque. Mais il lit également, sous la férule d’Anselmo Lorenzo, des théoriciens anarchistes, sans toutefois adhérer à ces idées.

Républicain, il va aussi dès 1884 s’affilier à une loge maçonnique espagnole et en 1886 participe à une tentative insurrectionnelle de renversement de la monarchie qui échoue et l’oblige à s’exiler en France. Là, il affermit ses principes de libre-penseur et franc-maçon, et commence à fréquenter des anarchistes français comme Jean Grave et Sébastien Faure, qui n’adhèrent pas à la stratégie de la propagande par le fait, que lui-même réprouve, surtout depuis l’échec du soulèvement de 1886...

Toutefois, à cette période il opère une conversion importante et vers 1892 son idéologie est plus anarchiste que républicaine. C’est que Paris est un des points du monde où le bouillonnement des idées libertaires est des plus vivaces et où l’on peut même croiser un futur homme d’État comme Aristide Briand, fréquentant l’anarchiste Pelloutier ou se positionnant en faveur de la stratégie de la grève générale. Briand sera d’ailleurs un des soutiens de poids de la Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance créée par Ferrer en 1908.

Car, désormais anarchiste, Ferrer voit dans l’éducation plutôt que dans les méthodes violentes le moyen de changer radicalement de modèle de société. Il rencontre Paul Robin alors qu’il se penche de plus en plus sur les questions pédagogiques et se prend d’intérêt pour ses conceptions d’éducation intégrale développées à Cempuis et dans le cadre de la première Internationale.

Entre 1895 et 1901, il vit à Paris de ses cours d’espagnol et commence à concevoir ce qui va prendre la forme d’un projet de plus en plus concret, une école en Espagne, à Barcelone, fondée sur des principes rationalistes visant à l’émancipation des classes exploitées, pour battre en brèche le monopole éducatif alors détenu par l’obscurantiste clergé espagnol.

Comme à Belém en 1919, l’Église étend son ombre menaçante sur les projets émancipateurs, à Barcelone de Ferrer, en Amazonie de ses émules. Nous verrons ainsi dès le mois prochain, ce que fut la matrice barcelonaise de l’école brésilienne, ensuite nous reprendrons notre enquête au sujet de celle-ci.

Accattone

 
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