Chroniques du travail aliéné : « ça ne pourrait pas être pire »

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Les Chroniques du travail aliéné, par Aline Torterat, médecin du travail « Ça ne pourra pas être pire », Fabienne [1], aide-soignante en maison de retraite

J’ai été arrêtée un mois par rapport à de la souffrance au travail. Je suis aide-soignante dans une maison de retraite pour Alzheimer. Je suis dans une unité de 30 résidents. On est cinq le matin et quatre l’après midi ; toujours trois aides-soignantes et une ou deux AMP. Moi, je cours tout le temps, alors qu’il y en a qui me regardent courir et qui ne font que le strict minimum. L’encadrant le voit bien mais ne dit rien. Alors le jour où j’ai vu cette résidente abandonnée dans ses vêtements de nuit souillés de selles parce qu’elle était trop opposante à la toilette, je n’ai pas supporté. Evidemment, ce jour-là elle n’avait rien mangé le midi. Pas étonnant avec l’odeur ! Et lorsque sa fille est arrivée, on lui a interdit d’entrer dans la chambre de sa mère. Je l’ai expliqué à la fille et elle est venue avec moi faire la toilette de sa mère. Et pendant ce temps-là il y en a qui attendent dans les canapés ! La fille s’est plainte au directeur qui m’a demandé d’écrire ce qui s’était passé. J’ai tout raconté ! Après, les collègues qui se la coulent douce ne m’ont plus adressé la parole, même l’aide-soignante avec qui j’étais amie et qui est enceinte. Evidemment, elle avait un peu ralenti le rythme, mais c’était à cause de sa grossesse. En fait, elle ne me parle plus du tout depuis qu’elle sait que je suis aussi enceinte. C’est sûrement de la jalousie. J’en suis tombée malade. Quand je suis revenue au travail, la cadre m’a reproché de ne pas m’entendre avec mes collègues ! Le comble ! C’est toujours aussi tendu avec les collègues ! Peut-être à cause de ce que j’ai dit au directeur… Dans cette structure, si on a un minimum de conscience professionnelle, on ne reste pas ! Alors c’est décidé, après mon accouchement, je cherche du travail dans une autre maison de retraite. Ça ne pourra pas être pire…

[1Seul le prénom est modifié, le reste est authentique.

 
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