Cinéma : Berman et Pulcini, « American Splendor »

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Le film American Splendor plaira particulièrement aux fans d’un certain genre de BD nord-américaine (« underground » ?). Un genre peuplé d’auteurs torturés par les questions existentielles, la déprime des villes, la normalité étouffante de la classe ouvrière, la misère sexuelle, les beaux-parents envahissants, et qui doivent leur succès à la façon dont ils se mettent en scène dans des comics autobiographiques. On pense à Joe Matt (Peep Show) ou Chester Brown (The Playboy), mais le film de Shari Berman et Robert Pulcini nous fait découvrir un inconnu de ce côté-ci de l’Atlantique : Harvey Pekar.

Cet obscur documentaliste d’un hôpital de Cleveland (Ohio), ami de Robert Crumb qui illustra ses premières histoires, s’est un jour de 1976 mis à raconter sa vie, avec un humour grinçant, dans une revue de BD intitulée American Splendor. Des histoires de tous les jours, ses petits échecs, ses plans drague minables, ses exaspérantes queues aux caisses du supermarché, ses discussions décalées avec les collègues de travail, sa solitude, sa collection de disques de jazz dégottés dans les vide-greniers… et tout son entourage familial et professionnel transformé année après année en truculents personnages de BD.

Aux États-Unis, la renommée d’Harvey Pekar a été considérable, à tel point qu’une pièce de théâtre fut tirée de l’un de ses albums, et qu’il fut un temps invité régulier d’émissions de variété débiles. Le succès ne changea cependant jamais rien à son style cradingue et il resta enchaîné à son boulot à l’hôpital jusqu’à sa retraite en 2001… d’où nouvelles crises existentielles (à quoi bon tout ça ?, etc.). Mais après tout, c’est le jeu de la vie pour Harvey Pekar, toutes ces vanités du star system étant aussitôt racontées avec noirceur dans de nouveaux strips : une mise en abîme permanente donc, dont ce film singulier et jouissif constitue une nouvelle étape.

G. Davranche

 
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