Cinéma : Pinho, « L’Usine de rien »

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L’irruption du monde ouvrier dans le champ cinématographique est assez rare pour être soulignée. L’Usine de rien, film du Portugais Pedro Pinho, le fait avec brio, et met le paquet : trois heures de film et un contenu politique assumé.

L’histoire commence quand les ouvriers et ouvrières d’une fabrique d’ascenseurs de la banlieue de Lisbonne surprennent une équipe venue emporter les machines de leur usine en pleine nuit. Le lendemain, la situation devient plus claire, quand des cadres carnassiers viennent leur expliquer que, face aux difficultés que connaît leur entreprise, il serait plus raisonnable pour eux de s’en aller avec un petit pécule. Une situation qu’ont connue des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses à travers l’Europe et le monde en cette décennie de crise.

À partir de là, le film va explorer les possibilités qui s’offrent aux salarié.es pour sortir la tête haute de leur situation. Si l’inertie et le désespoir l’emportent d’abord, la grève, l’occupation, la résistance face aux patrons et à la police qui tente de les déloger, puis la perspective d’une reprise de l’usine en coopérative, sont ensuite mis en œuvre. Même l’hypothèse de la lutte armée est envisagée – et rapidement balayée –, à l’occasion d’une scène très drôle où une caisse de mitrailleuses datant de la révolution des Œillets est déterrée par le père d’un ouvrier. Cette mise en scène du collectif et de l’autogestion est salutaire à l’époque où le repli individualiste menace toute la société et notamment le monde ouvrier. Cette réalité n’est d’ailleurs pas niée par le film : des salariés acceptent le chantage de la direction et s’en vont avec des indemnités. Mais c’est la solidarité qui triomphe.


Au-delà de son contenu, le film trouve sa force dans une mise en scène oscillant entre récit quasi documentaire et échappées poétiques, qui culmine dans une scène de comédie musicale fantasque et fantastique, qui semble rappeler que le collectif rend possible tous les rêves, même aux ouvriers et ouvrières malmené.es par la mondialisation.

Vincent (AL Saint-Denis)

  • Pedro Pinho, L’Usine de rien, 2017, 2h57.
 
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