Cinéma normatif

Cinéma : Miyazaki, « Ponyo sur la falaise »

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Le mois dernier, le grand cinéaste japonais d’animation Hayao Miyazaki sortait son dernier film, Ponyo sur la falaise. Plus que ses autres films, celui-ci forme un excellent exemple de la contrainte à l’hétérosexualité imposée aux enfants dès le plus jeune âge. Comme Mon voisin Totoro (1988), celui-ci s’adresse aux plus jeunes, ses héros sont des enfants de cinq ans. En revanche, là où Mon voisin Totoro restait assez neutre sur la sexualité (en particulier celle des enfants), en mettant en scène deux sœurs qui découvrent d’aimables animaux géants et merveilleux, celui-là revient à une structure de conte de fées. Le film commence sur un univers enfantin et onirique familier du cinéaste, mettant en scène avec le talent habituel de Miyazaki la magie de la nature (ici, l’océan et le monde sous-marin), et une jeune mère énergique s’occupant de son petit garçon tandis que son père navigue au large. En parallèle se déroule l’histoire de Ponyo, mi-poisson rouge mi-humaine, vivant dans les profondeurs avec son père maléfique en l’absence de sa mère, déesse de la mer. Au cours d’une échappée, Ponyo se retrouve entre les mains du petit garçon (Sosuke) qui lui sauve la vie. Si son père la récupère, elle témoigne d’une énergie débordante et parvient à se transformer progressivement en petite fille, puis à rejoindre Sosuke en déclenchant un tsunami au cours duquel des poissons préhistoriques reviennent peupler les mers qui ont envahi les terres habitées (sans faire de victime…). C’est à la fin que l’histoire, à bout de souffle, se rabat sur un schéma on ne peut plus classique de conte de fée. La princesse Ponyo sauvera le monde si Sosuke lui prouve son amour éternel… elle deviendra alors humaine grâce à lui et perdra ses pouvoirs magiques, c’est elle-même qui en a fait le vœu, et les parents, en particulier les deux mères, se concertent pour permettre cela. On mesure la force d’assignation d’un tel scénario : Ponyo devient fille par l’amour du garçon, cet amour est évidemment castrateur puisqu’elle perd ses pouvoirs magiques… mais l’ordre du monde est à ce prix. Au passage, comme souvent dans ces contes pour enfants qui les préparent à être adultes en se conformant aux normes en vigueur, on saisit la sexualisation des enfants dès le plus jeune âge… Sosuke doit embrasser Ponyo pour qu’elle redevienne humaine. C’est que la sexualité (hétéro) est intrinsèquement liée à la construction du genre, qui commence très tôt : Ponyo devient humaine en fille parce qu’elle aime un garçon. Une fois encore, au lieu de nourrir un imaginaire foisonnant comme le fait le début du film, le pouvoir évocateur du cinéma est finalement mis au service de la reproduction sociale la plus étroite.

Anne Arden (AL Paris Nord-Est)

Hayao Miyazaki, Ponyo sur la falaise. Film japonais d’animation, 101 min, 2007.

 
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