Cinéma : Otero, « Entre nos mains »

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Il y a des films intrinsèquement politiques. Entre nos mains de Mariana Otero est de ceux-là. Au printemps 2009, les salariées de Starissima, petite boîte de confection textile du Loiret spécialisée dans la lingerie, ont l’opportunité de reprendre leur entreprise en SCOP (Société coopérative ouvrière de production). Mariana Otero, qui souhaitait filmer la dynamique du passage en SCOP, obtient l’accord des salariées de Starissima d’être à leurs côtés tout au long du processus.

Levons tout de suite toute ambiguïté : Entre nos mains n’est pas un film sur une lutte homérique d’ouvrières du textile. Ce n’est pas Les Vivants et les Morts [1]. Aucune grève avec occupation n’a précédé le projet de reprise en SCOP. Pourtant Mariana Otero a remarquablement mis en scène dans son film le « eux et nous » caractéristique des rapports de classe. Ouvrières, les salariées de Starissima entrevoient la possibilité de travailler sans patron. Cette simple hypothèse suffit à libérer la parole, à bousculer les hiérarchies traditionnelles (même si on en voit d’autres, plus limitées, s’y substituer partiellement). Lorsque le patron fait une contre-proposition aux salariées dans le but de reprendre la main, on voit pour la première fois l’ensemble des travailleuses de Starissima, réunis pour l’occasion en assemblée générale, tenir tête, se méfier, témoigner d’une force collective.

Enfin l’ouvrière a son mot à dire. Et Mariana Otero sait mettre ce processus en valeur en suivant individuellement ces femmes. Loin du reportage télé au discours aseptisé avec ces questions/réponses, la cinéaste révèle de véritables actrices qui jouent avec la caméra et, au final, s’approprient l’expérience du film. Film politique donc, mais aussi film de femmes. « Le ménage, le nettoyage, on dirait qu’on est nées pour ça ! » : ces propos de l’une des « filles » témoignent qu’en questionnant les rapports de pouvoir dans l’entreprise, c’est aussi les rapports de domination qui, par ricochet, sont interrogés. Film d’émancipation donc. Au final la SCOP ne verra pas le jour, un client important annulant ses contrats avec l’entreprise. C’est que les patrons aussi savent être solidaires. « Je ne crois pas aux coïncidences ! » affirme une ouvrière. « Eux et nous », encore et toujours.

Théo Rival (AL Orléans)

[1Téléfilm de Gérard Mordillat diffusé sur une chaîne de service public relatant une lutte ouvrière diffusé en plein mouvement sur les retraites.

 
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