Classiques de la subversion : Jack London, « Le Talon de fer »

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Chaque mois, un livre qui a compté dans l’histoire des idées subversives

Ce roman de Jack london est un des plus politiques qu’il ait produit. Un exercice d’anticipation concernant le caractère dictatorial du capitalisme. La force de l’écriture de Jack London, est de ne jamais paraître de circonstance. L’une des meilleures démonstrations de cette affirmation est sûrement Le Talon de fer, roman paru il y a tout juste un siècle, en 1908.

On peut y voir un véritable cheval de Troie des théories communistes dans la petite-bourgeoisie américaine, milieu dans lequel, suite à Croc Blanc, l’auteur a acquis une notoriété.

Mais ce livre, le militant révolutionnaire qu’était Jack London l’a aussi adressé a son propre camp. Avec ses premiers succès électoraux, le mouvement socialiste américain s’institutionnalise. Pourquoi chercher une révolution, sûrement sanglante, alors qu’il paraît possible de s’emparer graduellement du pouvoir d’État, pour imposer le socialisme légalement ? Foutaises, répond London. La bourgeoisie ne tombera pas sans combattre. Et le voila qui tente, à travers un véritable chef d’œuvre de la littérature d’anticipation, d’en faire la démonstration.

L’auteur présente l’histoire comme s’il s’agissait d’un manuscrit retrouvé par des archéologues, six siècles dans le futur. Un futur ou, enfin, le communisme l’a emporté.

L’histoire à proprement parler se situe au début du XXe siècle. La narratrice est une révolutionnaire, femme d’un des principaux agitateurs socialistes de l’époque. (À regretter, le ton profondément machiste de l’auteur).

Le début du roman est d’ailleurs l’histoire de leur rencontre. Fille d’un universitaire renommé, elle voit débarquer dans son univers un jeune militant ouvrier, convié par son père a des sortes de dîners-débats.

Le révolutionnaire, derrière les traits duquel on retrouve sans trop de mal l’écrivain lui-même, se confronte à divers intellectuels des classes dominantes (philosophes moralistes, évêques, etc.) C’est l’occasion pour London de faire un exposé des théories marxistes, le tout donnant lieu a des scènes jubilatoires, les intellectuels bourgeois se faisant littéralement allumer.

Puis, tout s’accélère : devant la menace d’une guerre entre les États-Unis et l’Allemagne, les travailleurs et les travailleuses des deux côtés lancent une grève générale.

La guerre est évitée, mais les capitalistes ont compris la leçon. Peu après, une seconde grève générale américaine échoue, devant la défection d’une partie des secteurs-clés de la production où les syndicats négocient des accords séparés, pour les ouvriers qualifiés.

La répression s’organise… Trahison de certains syndicats, déclassement des classes moyennes, répression policière accrue… Cela rappelle quelque chose. Face à ces attaques, nous dit London, le seul espoir réside dans la rupture révolutionnaire. Salué par Trotski comme le seul roman politique réussi de la littérature, cette déclaration de guerre au réformisme mériterait d’être relue, surtout en ces temps de recompositions à gauche…

Nico (Al Montpellier)

Jack London, Le Talon de fer, 1908

 
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