Colloque de Loughborough : Actualité de Daniel Guérin

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Comme nous l’avions annoncé dans notre précédente édition, l’université de Loughborough (ville située à environ 200 km au Nord de Londres) a accueilli du 17 au 19 septembre un colloque international consacré à Daniel Guérin.

Une vingtaine de chercheu(ses)rs, d’archivistes, de militant(e)s de plusieurs sensibilités (Alternative libertaire, AIT, LCR, Socialist worker party, Stop the war coalition, mais aussi des libertaires et des trotskystes ne militant pas dans des organisations) et de plusieurs pays (Russie, Slovénie, Canada, Etats-Unis, Angleterre, France) se sont retrouvé(e)s pendant trois jours pour confronter leurs études et leurs points de vue sur l’œuvre et la vie militante de Daniel Guérin. 16 intervenant(e)s se sont succédé tout au long du colloque. Trois autres n’ayant pu se déplacer ont fait parvenir leurs contributions par écrit. Des membres de sa famille étaient également présents et ont apporté des témoignages essentiels.

La diversité des thèmes abordés était à l’image des engagements et centres d’intérêt de Daniel Guérin : analyse du phénomène fasciste, Révolution française, anarchisme et marxisme, communisme libertaire, anticolonialisme, antiracisme, combat pour l’émancipation homosexuelle. Il est impossible de résumer en quelques lignes la richesse de la plupart des interventions, mais aussi des débats qui ont suivi chacune d’entre elles.

En revanche, il nous semble utile de préciser en quoi le colloque a permis de mieux cerner les pratiques militantes et la personnalité de Daniel Guérin.

En dépit d’approches différentes et de points de vue politiques parfois opposés entre les intervenant(e)s, tou(te)s ont souligné la singularité de l’itinéraire de Daniel Guérin, le caractère global et pluriel de son engagement, sa liberté de ton et son horreur du sectarisme.

Ce qui compte pour Guérin ce n’est pas la pureté de l’idée mais la justesse de la cause.

De même l’organisation n’est pas une fin en soi mais seulement un outil.

C’est ce qui explique que dans toutes les campagnes et mobilisations auxquelles il prend part (Vérité sur l’affaire Ben Barka, lutte contre la répression des comités de soldats, luttes pour les indépendances nationales…) il se pose d’abord en rassembleur et travaille avec tous les courants partie prenante de ces luttes (réformistes et révolutionnaires, trotskystes et libertaires) sans mettre ses idées dans sa poche mais sans faire de celles-ci un préalable pour l’action. Là où certains optent pour la résignation et le repli idéologique il se réclame d’un optimisme révolutionnaire sans lequel on est paralysé.

Enfin le colloque a mis en évidence le courage et la lucidité dont il sut faire preuve sur la montée du fascisme, pour défendre le droit des homosexuels et des lesbiennes à vivre leur sexualité ou encore pour prôner un droit des peuples à disposer d’eux-mêmes compatible avec le droit des individus à disposer librement de leur vie. Mais il a également mis en lumière ses limites et ses erreurs comme son incapacité à comprendre la nécessité d’articuler lutte antisexiste et lutte des gays et lesbiennes dans les années 70. Ou encore le fait qu’il analyse l’antisémitisme sous l’angle de la seule instrumentalisation des foules par le nazisme et en fasse un élément secondaire de l’idéologie nazie alors même qu’il s’agit d’un de ses traits essentiels.

Le colloque a été aussi l’occasion d’annoncer la naissance du premier site Internet consacré à Daniel Guérin (en français et en anglais, www.danielguerin.info) créé par son petit-fils Faïz Henni.

Outre les projets d’édition à venir (édition des actes du colloque, édition en préparation d‚une anthologie de textes de Daniel Guérin, édition d’une biographie de Daniel Guérin par Donald Reid), l’opportunité de relancer le Cercle Daniel Guérin sous la forme d’une association internationale visant à l’édition de ses écrits, à la publication d’études en rapport avec ses combats et à la création d’un lieu de débat pluraliste entre courants critiques a été retenue.

Pour finir, un grand merci à David Berry, professeur à l’université de Loughborough sans lequel ce colloque n’aurait jamais eu lieu.

L. E

 
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