Constitution européenne : Un premier bilan de la campagne d’AL

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Dans le numéro d’été d’Alternative libertaire, nous publierons une analyse de la bataille politique et sociale qui s’est jouée autour de la Constitution, et des perspectives possibles. Mais d’ores et déjà, nous pouvons dresser un bilan à l’échelle d’Alternative libertaire, qui a été la seule organisation libertaire à mener campagne contre le traité constitutionnel.

On peut dire que l’activité d’Alternative libertaire ces trois derniers mois, aura eu deux axes principaux : le mouvement lycéen d’une part, la bataille contre la Constitution d’autre part, même si les militantes et les militants d’AL n’ont pas pour autant déserté les terrains de lutte qui sont les leurs au quotidien. Alternative libertaire a concilié deux niveaux d’intervention politique. Le premier niveau, unitaire, s’est joué dans le cadre des comités pour un Non « de gauche » qui ont vu le jour en France en 2005. Un peu partout, et en fonction des réalités locales, les militantes et les militants d’AL ont participé au dynamisme de la campagne unitaire. Certes, au sein de ces collectifs, les divergences n’ont pas manqué. Leur expression a été le reflet de l’investissement local des militants, selon un panel politique assez large : le Parti des travailleurs (PT, trotskiste) et la gauche du PS par endroits, ailleurs le PCF, Attac, les Alternatifs, la LCR, AL, des syndicalistes CGT ou SUD, etc. mais aussi de nombreuses et nombreux militants inorganisés. Les divergences sont naturelles dans une démarche unitaire, qui pour être fructueuse exige un permanent dosage des concessions de chacun. De ce point de vue, la place qu’a pu occuper une petite organisation comme Alternative libertaire dans les collectifs a été très variable, allant du blocage pur et simple de nos propositions, à une ouverture parfois inattendue à nos arguments [1] !

Affiches AL à l'approche du 1<sup class="typo_exposants">er</sup> mai 2005.

Alternative libertaire a en tout cas été partie prenante d’un bon nombre d’initiatives, de meetings et réunions publiques unitaires (à Paris, Montreuil, Aurillac, Agen, Lille, Orléans, dans le Finistère ... ) ou en solo (à Paris, Rennes ... ).

Une expression propre

Il était en tout cas indispensable pour Alternative libertaire de disposer de sa propre expression sur la question de la constitution européenne, avec pour axe central de souligner les enjeux de classe du référendum (le slogan « les capitalistes disent Oui, nous répondons Non »).

Avec des dizaines de milliers d’affiches, de quatre-pages argumentaires, d’autocollants, l’organisation s’est donnée les moyens de sa politique. Et l’écho rencontré par cette campagne rouge et noire n’a pas manqué de nous surprendre. Un brin dépassés par les commandes de matériel, y compris dans des départements où AL n’est pas encore implantée, nous nous sommes retrouvés en rupture de stock à mi-campagne, et avons dû relancer les rotatives !

De façon également assez inattendue, dans plusieurs régions, des militantes et des militants ont rejoint AL dans la dynamique de cette campagne ; d’autres, ici ou là, se posent la question d’implanter de nouveaux groupes. La plupart sont des libertaires qui jusque-là étaient inorganisés politiquement – ou organisés seulement dans les mouvements sociaux – et qui ont estimé qu’il était inconcevable que le mouvement anarchiste reste spectateur dans cette bataille.

On peut regretter plusieurs ratés dans cette campagne, concernant l’expression du mouvement libertaire. Premier raté : pas d’expression européenne des communistes libertaires et anarcho-syndicalistes. La responsabilité en incombe en partie à la CGT espagnole et à Alternative libertaire, qui sont les deux organisations à s’être clairement engagés contre la Constitution.

Des ratés dans la démarche

Un Appel rouge et noir européen aurait pourtant été plus qu’utile pour rendre visible l’existence d’un front commun sur la question. Les organisations rouges et noires européennes ont pourtant activement collaboré, depuis les Marches européennes de 1997, puis dans l’opposition aux Sommets européens (Nice en 2000, Bruxelles en 2001, Göteborg en 2002), c’était donc là l’occasion de confronter nos points de vue et de parvenir à une expression commune sur la nature de l’Union européenne et de sa Constitution. La campagne est finie en France et en Espagne, mais des référendums doivent avoir lieu ailleurs en Europe courant 2006, et il est peut-être encore temps de s’exprimer avec d’autres de nos partenaires européens.

Deuxième raté au plan libertaire, concernant le mouvement strictement hexagonal. Alors que nous avions depuis quelques années réussi l’organisation d’événements unitaires (que ce soit contre le Sommet européen de Bruxelles en 2001, puis en 2003 la mobilisation contre le G8, le Forum social libertaire, ou la manifestation antinucléaire de janvier 2004), nous n’avons guère eu de contact avec nos partenaires sur cette question. Dans le « camp rouge et noir » (organisations politiques et syndicales confondues), quatre organisations ont pris une position : Alternative libertaire, le réseau No Pasaran et la CNT, contre la Constitution, sans donner spécifiquement de consignes de vote pour ces deux dernières organisations ; la Coordination des groupes anarchistes (CGA), pour l’abstention.

Nous n’imaginons pas qu’une seule organisation libertaire ait hésité sur la nature ultralibérale de la Constitution européenne. N’importe quel anticapitaliste a pu se rendre compte que le traité était une arme juridique contre les droits des travailleuses et les travailleurs. Donc pourquoi rester aussi discret sur la Constitution européenne, alors que justement le risque pris par Chirac de convoquer un référendum offrait un tremplin pour mener une campagne d’ampleur ? Visiblement, la plupart des organisations anarchistes ont été « piégées » par la tenue d’un référendum, corsetées dans des principes abstentionnistes pour le coup inopérants. S’il n’y avait pas eu de référendum, sans doute se seraient-elles battues contre cette constitution, comme elles se sont toujours battues contre des législations liberticides ou de régression sociale.

Il y a là un problème à résoudre. Mais l’écho relatif que la campagne d’AL a eu, aussi bien dans les milieux libertaires que dans le mouvement social et syndical, nous fait penser que le tabou ne l’était finalement pas tant que ça. Et que nous aurions pu, nous aurions dû interpeller nos partenaires pour un franc débat sur la question, et une éventuelle campagne concertée.

Édith Soboul (secrétariat fédéral d’AL)

[1Sur les divergences essentielles entre Alternative libertaire et l’Appel des 200 (dit également « Appel Copernic »), lire Alternative libertaire de novembre 2004 (« Mise au point »), de décembre 2004 (« Initiative commune en Aquitaine ») et de février 2005 (« L’Europe, nouvelle utopie sociale-démocrate ? »)

 
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