Constitution européenne : Victoire du « Oui » en Espagne

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L’Espagne était le premier pays à se prononcer par le vote au suffrage universel sur la Constitution européenne. Si le oui l’a emporté sans surprise, les conditions dans lesquelles s’est déroulée la campagne est bien digne d’une démocratie bananière.

Moins d’un tiers des inscrit(e)s, c’est ce que pèse le poids du vote en faveur de la constitution, soit 10 millions d’électrices et d’électeurs sur un total de 35 millions. Le non a recueilli quant à lui 2,5 millions de voix.

Pour arriver à ce résultat, les partisan(e)s de l’Europe du capital ont mis le paquet.

Ils/elles ont d’abord bénéficié de l’appui des deux principaux partis : le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) au pouvoir et le Parti populaire d’Aznar, ainsi que celui des partis bourgeois nationalistes. Le « oui » a également été activement relayé par les deux syndicats majoritaires proches du PSOE : les Commissions ouvrières et l’Union générale du travail alliés pour la circonstance avec le patronat.

Le groupe Prisa qui contrôle une grande partie des moyens de communication (Canal +, mais aussi le premier quotidien espagnol El Pais) a mis oeuvre tous ses moyens en faveur de la campagne du « oui ».

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero a mobilisé toutes ces officines et déployé toute son énergie pour que seul le « oui » s’exprime.

Pour cela il a mobilisé des sportifs, des artistes, des intellectuel(le)s dans les spots publicitaires, les programmes de la RTVE (Radio télévision espagnole) et a parrainé diverses manifestations (colloques, conférences, caravanes itinérantes...).

Pas d’euphorie pro-européenne

Quant à ladite constitution, la plupart des espagnol(e)s ne l’ont pas lu et rien n’a été fait par le pouvoir pour qu’il en soit autrement. Aussi une majorité ne s’est pas déplacée par ignorance de ce texte et des enjeux du débat.

Les médias français ont avancé que la croissance économique espagnole expliquait un vote de confiance « pro-européen ». Au vu des résultats, cette adhésion s’avère limitée et les quelques reportages montrant la joie de quelques représentants des classes moyennes ou l’enthousiasme de promoteurs immobiliers face à l’essor des affaires de leur secteur n’est pas représentatif de l’opinion des travailleuses et travailleurs d’Espagne.

Préfigurant ainsi la campagne officielle française, nos télés se sont bien gardées de dire que l’Espagne est en tête en Europe pour les accidents du travail, que la précarité est un véritable fléau, que le passage à l’euro a comme ailleurs entraîné une flambée des prix, que droite et PSOE ont privatisé et privatisent massivement...

Ils se sont également bien gardés de parler des partisan(e)s d’un non anticapitaliste qui pour être ignoré(e)s par les médias du capital n’en n’ont pas moins mené une campagne active et courageuse.

Quelle campagne pour le « Non » ?

Cette campagne était portée nationalement par Izquierda unida (IU, coalition dominée par le Parti communiste), des mouvements écologistes comme Ecologistas en accion, Baladre (mouvement contre le chômage et la précarité), les partis nationalistes de gauche (Catalogne, Pays Basque, Galice), la plupart des syndicats nationalistes, plusieurs mouvements d’extrême gauche parmi lesquels les trotskystes d’Espacio alternativo, et nos camarades de la CGT (anarcho-syndicaliste), troisième force syndicale d’Espagne.

Cette campagne a rencontré des échos significatifs au Pays Basque et en Catalogne où le non a recueilli respectivement 33% et 28% des suffrages. Il est à noter que ce non n’était pas exclusivement de gauche. Ainsi à Madrid une bonne partie des votes « non » est imputable à la partie la plus facho de l’électorat du Parti populaire.

Le temps fort de cette campagne a été la manifestation du 12 février à Barcelone qui a rassemblé 12000 personnes alors que le gouvernement l’avait interdite pour ne pas troubler la tournée Chirac-Zapatero en faveur du oui. En dépit des pressions, de nombreuses actions et réunions publiques ont pu se tenir. Les organisations de jeunesses de IU, des syndicats et partis de gauche basques et de la CGT ont relayé un appel national en faveur du « non », contre l’OTAN et pour les droits des étranger(e)s.

On l’aura toutefois compris, cette campagne relevait de la gageure face à un contexte politique et social aussi défavorable. Droite et PS de France se rassurent à bon compte en saluant le oui espagnol obtenu avec les méthodes d’une république bananière. Le réveil des mobilisations sociales et l’écho grandissant en faveur d’un non, qu’il soit anticapitaliste ou seulement antilibéral montrent qu’ils ont du souci à se faire d’ici le 29 mai car à la différence de l’Espagne la partie n’est pas gagnée d’avance.

L.E.

 
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