VIe congrès d’AL - Orléans - novembre 2002

Contre le colonialisme en Palestine, Pour une Palestine laïque et démocratique

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Le conflit israélo-palestinien est une guerre coloniale, opposant un État impérialiste à un peuple spolié. Croire que, d’un côté comme de l’autre, les motivations religieuses ou les intérêts économiques y sont essentiels serait se leurrer.

1. Israël, un État colonial.

1.1. La classe dirigeante israélienne, qu’elle appartienne au Likoud ou au Parti travailliste, est profondément imprégnée d’une idéologie nationaliste, le sionisme. Son objectif est de maintenir un « État juif », Israël, « démographiquement homogène », c’est-à-dire visant une forme de pureté ethnique, et dont les frontières devront correspondre, un jour, à celles de la Palestine historique, de la Méditerranée au Jourdain.

1.2. Mais, loin d’être homogène, la société israélienne, modelée par la guerre et la recherche d’une identité, est communautarisée à l’extrême. Le pôle anticolonialiste et antiraciste, bien que très minoritaire, représente un des soutiens concrets les plus directs au peuple palestinien. À l’autre bout, les religieux orthodoxes et le lobby des colons constituent un pôle ultranationaliste et jusqu’au-boutiste, en partie incontrôlable, qui pèse de plus en plus sur l’État israélien.

1.3. L’expansionnisme sioniste ne répond pas seulement aux caractéristiques d’une guerre de conquête. Il s’est constamment doublé d’une politique d’épuration ethnique. Pendant la guerre de 1948, en poussant des centaines de milliers de civils palestiniens à l’exode sans retour. À l’issue de la guerre de 1967, en évitant d’annexer la Cisjordanie et Gaza - ce qui aurait obligé Israël à conférer la citoyenneté à ses habitants - mais en se contentant d’occuper militairement ces régions, privant ses habitants de tout droit. Depuis 1967 toujours, la politique de judaïsation forcée de Jérusalem, exemple flagrant de la discrimination dont souffrent les Arabes israéliens, est la démonstration qu’une politique d’épuration ethnique peut également se mener en temps de « paix ».

1.31. La religion n’est qu’un prétexte pour le sionisme, mouvement d’essence laïque et libérale, pour lequel Israël doit être un État-nation sur le modèle occidental. Pour ses militant(e)s, la religion doit être un vecteur d’unité nationale, mais pas le fondement de la société. Les sionistes instrumentalisent donc la religion juive pour justifier l’existence de l’État d’Israël, au nom d’un royaume hébreu ayant existé sur ce territoire il y a 2500 ans.

1.32. Les intérêts économiques ne sont pas non plus la cause première de l’expansionnisme israélien. Sur le fond, la politique expansionniste des sionistes est typique de ces situations rares où l’idéologie l’emporte sur la rationalité économique. Le coût économique et social de la colonisation et de l’occupation militaire est sans commune mesure avec les quelques avantages que peuvent représenter le contrôle de ressources naturelles et d’un prolétariat palestinien privé de droits.

1.33. Cependant, le colonialisme israélien a un intérêt économique et géostratégique majeur pour les États-Unis. Il y a donc bien une dimension économique dans ce conflit.

2. Les Palestiniens, un peuple en lutte pour ses droits.

2.1. Le peuple palestinien, dans toutes ses composantes, se bat avant tout pour ses droits. Les Palestiniens citoyens israéliens se battent pour l’égalité des droits et l’accès à une citoyenneté véritable. Les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza se battent contre l’occupation militaire et pour la souveraineté sur leurs terres. Les Palestiniens des camps de réfugiés se battent pour le droit au retour dans leurs foyers ou une indemnisation pour les préjudices subis. Même si les priorités de ces trois composantes peuvent diverger, une solidarité profonde les lie face à l’oppression.

2.2. La résistance palestinienne, depuis l’irruption de la première Intifada en 1987, est essentiellement une résistance civile. Militairement, l’Autorité palestinienne, et avant elle l’OLP, ne pèsent guère face à Israël. C’est cette incapacité à gagner leur indépendance par les armes qui pousse de jeunes Palestiniens désespérés à se faire kamikazes.

2.21. Là encore, la religion n’est pas la motivation essentielle. Jérusalem et la mosquée Al-Aqsa sont avant tout des symboles nationaux. La résistance palestinienne formée dans les camps entre 1948 et 1967, est profondément laïque, à l’image de la majorité du peuple palestinien où musulmans et chrétiens de toutes obédiences vivent en bonne intelligence. Le projet de « Palestine démocratique », porté par l’Organisation de libération de la Palestine de 1969 à 1993, évoquait un pays unique, laïque, dont les citoyens, qu’ils soient juifs, musulmans, chrétiens ou athées, pourraient vivre libres et égaux en droits. Ce projet était antithèse de l’État ethnique discriminatoire incarné par Israël. Ce projet reste malheureusement étatique, et donc ne peut être pleinement émancipateur.

2.22. Les intérêts économiques que peut avoir le peuple palestinien dans son entier à son émancipation vont de soi : droits sociaux pour les ouvriers, droit de cultiver sa terre pour les paysans, droit de prendre la mer pour les pêcheurs, récupération ou indemnisation pour les biens spoliés, etc.

3. Les Palestiniens seuls face à l’occupant

3.1. La résistance palestinienne est aujourd’hui seule face à l’expansionnisme sioniste.

3.2. Elle n’attend rien des États-Unis, allié indéfectible d’Israël dans la région, ni de la Russie, qui livre une guerre d’occupation similaire en Tchétchénie. Elle attend peu de l’Union européenne, qui ne fera rien contre les États-Unis, et reste paralysée par la mauvaise conscience du judéocide de 1942-45, dont les Palestiniens sont aujourd’hui censés payer le prix. Enfin la résistance est consciente qu’elle n’a pas grand-chose à attendre des États « frères » arabes, qui ont toujours considéré la Palestine comme un enjeu territorial pour lequel ils sont en concurrence avec Israël. S’ils se sont servi de la lutte palestinienne, ils ne l’ont que rarement servie. La Jordanie, comme l’Égypte ou la Syrie, ont été excédés par l’indépendance dont la résistance palestinienne a su faire preuve à leur égard. Ils l’ont parfois combattue par les armes. Aujourd’hui, malgré la pression de leurs opinions publiques, ces États préfèrent le statu quo de l’occupation à une situation conflictuelle qu’ils ne veulent pas assumer.

3.3. L’aide internationale la plus sincère dont puisse bénéficier le peuple palestinien viendra de la société civile, dans les pays arabes, aux États-Unis, en Europe, en Israël même. C’est de l’action des anticolonialistes et des pacifistes israéliens que les Palestiniens peuvent d’ailleurs attendre le plus, puisque l’État israélien peut être déstabilisé par cette contestation de l’intérieur.

4. La laïcité, la liberté, l’égalité : un projet pour la Palestine

4.1. La paix ne pourra se faire sans justice. Essayer d’obtenir la paix sans répondre aux aspirations profondes d’autonomie et de reconnaissance du peuple palestinien ne pourra conduire qu’à l’échec, la désillusion et, de nouveau, à l’insurrection populaire. C’est la signification de l’échec du pseudo « processus de paix » d’Oslo, qui a volé en éclats avec la seconde Intifada, en octobre 2000.

4.2. Plusieurs hypothèses sont avancées comme solution au conflit.

- La création d’un État palestinien. Cette concession acceptée par l’OLP à Oslo en 1993 est un triste recul par rapport au projet initial de « Palestine démocratique ». Elle reconnaît l’existence de l’État d’Israël et la nécessité d’une partition ethnique. Un État est aujourd’hui l’objectif de court terme de la résistance, qui permettra au peuple palestinien un minimum de sécurité dans des frontières internationalement reconnues. Ce ne peut être une solution durable, la viabilité d’un tel État, grand comme un département français et sans continuité territoriale, étant plus que douteuse.

- La naissance d’une fédération israélo-palestinienne. Dans les frontières d’un État unique, deux entités juridiques, une « israélienne » et une « palestinienne ». Ce projet a l’avantage de garantir l’autonomie culturelle et l’égalité en droits de deux peuples qui se pensent différents, et notamment de répondre à l’aspiration profonde des Israéliens à un « foyer national juif ». Mais sur le long terme, il représente un risque de dérive à la libanaise, avec son morcellement communautaire (Séfarades, Ashkénazes, Anglo-saxons, Russes, musulmans, druzes, chrétiens, Éthiopiens...).

Ces deux projets ont essentiellement une valeur tactique, non antagonistes, ils expriment ce qui peut être possible, par étapes, dans une situation donnée, à un moment donné. Ils ne doivent pas focaliser les débats car, en eux-mêmes, ils ne satisferaient pas les attentes palestiniennes - ils ne répondent pas, par exemple, à la question cruciale des réfugiés et de leurs droits, question qui tant qu’elle ne sera pas réglée sera source de conflit majeur.

Un pays unique, laïque et démocratique, qui ne pourrait avoir pour nom « Israël » (terme emblématique du sionisme et consacré en 1947) reste la seule solution politique à même d’assurer la paix et l’égalité entre tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance culturelle. Cette solution, si elle est hors de portée en 2002, reste de mise pour tous les militants, israéliens comme palestiniens, hostiles à la ségrégation ethnique. La présence de forces religieuses intégristes, en Israël comme en Palestine, ayant une interprétation religieuse et raciste du conflit, risque de mettre en péril un tel projet. En retour, la réconciliation, la paix, l’égalité et la laïcité sont les meilleures armes pour combattre ces intégrismes.

5. AL se prononce pour le droit à l’autodétermination du peuple palestinien

Pour la résistance palestinienne, soutenue par la majorité de la population palestinienne, cette autodétermination implique :

- l’évacuation par l’armée israélienne de tous les territoires occupés depuis 1967 ;
- le démantèlement de toutes les colonies et infrastructures coloniales en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ;
- le droit des réfugiés au retour dans leurs foyers ou à une juste indemnisation ;
- l’égalité réelle des droits entre citoyens arabes et non arabes en Israël ;
- le droit à la création d’un État viable à côté d’Israël. Garder la perspective, sur le long terme, d’un pays unique, laïque et démocratique, reste cependant une nécessité ;
- l’aide à la reconstruction de toutes les infrastructures détruites et de l’économie palestinienne.

Dans l’immédiat, Alternative libertaire :
- Réaffirme son soutien à la résistance palestinienne.
- Réaffirme son soutien aux anticolonialistes et aux réfractaires de l’armée israélienne.
- Condamne toute interprétation et revendication raciste ou religieuse liée au conflit en Palestine et, de façon générale, condamne tous les racismes. L’antisémitisme n’a aucune excuse qu’il soit porté/véhiculé par des individus et/ou population opprimé-e-s ou non. Le racisme anti-arabe comme l’antisémitisme sont instrumentalisés, par l’État israélien pour justifier sa guerre ethnique, par les intégristes musulmans, par les dirigeants et classes dominantes des pays Arabes. Nous affirmons que la double lutte contre le racisme anti-arabe et contre l’antisémitisme est une clé essentielle de la paix et de la résolution du conflit israélo- palestinien.
- Appelle à exercer des sanctions économiques sur l’État israélien colonial, d’une part par l’abrogation de l’“accord d’association” économique, militaire et scientifique entre l’Union européenne et Israël ; d’autre part, sans attendre, par le boycott des produits importés d’Israël.
- Appelle à l’arrêt de toute coopération militaire avec l’État d’Israël.
- Constate la nécessité d’une protection du peuple palestinien qui pourrait se concrétiser par l’intervention d’une force internationale. Cependant, nous n’accordons que peu de confiance à une telle intervention, qui ne réglera pas les problèmes fondamentaux que sont le sort des réfugiés et les discriminations en Israël, mais qui pourrait faire cesser l’effusion de sang et la destruction politique et culturelle d’un peuple.

 
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