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Dénoncer les bourreaux n’est pas un crime

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Tad et Tro sont deux étudiants d’origine arménienne poursuivis par la justice française pour « violences volontaires avec préméditation ou guet-apens ». L’un pour avoir lancé du jus de grenade sur l’ambassadeur de Turquie en France en mars 2015, l’autre pour avoir filmé la scène. Leur action spectaculaire visait à dénoncer le négationnisme de l’État turc sur le génocide arménien, ainsi que les violations massives des droits humains par Ankara. Ils ont besoin de notre soutien.

Il y a 102 ans, la Turquie se rendait coupable du génocide des Arméniens. Ces crimes sont, à ce jour, restés impunis. Aujourd’hui, deux militants français d’origine arménienne réclamant justice, sont poursuivis par la justice française.

Qu’ont-ils fait pour mériter cela ?

Les faits qui leur sont reprochés sont, pour l’un, d’avoir lancé de l’eau colorée en rouge sur l’ambassadeur de Turquie en mars 2015 et, pour l’autre, d’avoir diffusé la scène sur les réseaux sociaux. Après quarante-huit heures de garde à vue, ces militants seront jugés le 17 octobre 2017 pour « violences volontaires avec préméditation ou guet-apens ».

Si la « violence » que représente ce jet d’eau n’est que symbolique, la violence de l’État turc est, elle, tout à fait réelle. En 1915, l’État turc a planifié et mis en œuvre l’extermination de 1,5 million de personnes, le tiers de la population arménienne vivant sur son territoire. Le génocide des Arméniens s’est accompagné d’une politique de spoliation des biens des victimes, puis d’une destruction, en voie de parachèvement aujourd’hui, des lieux de vie collective, du patrimoine et de la culture des Arméniens de Turquie. Ces crimes sont restés jusqu’à nos jours sans châtiment.



Le « nouveau sultan » Recep Tayyip Erdoğan est le chantre d’une Etat islamiste, impérialiste et persécuteur des minorités.

Nous le disons aujourd’hui : la violence est du côté de l’État turc.

Ce sont pourtant les militants de la cause arménienne qui sont poursuivis en France alors que, rappelons-le, l’État turc, commanditaire des assassinats de trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan, et Leyla Saylemez à Paris en 2013 n’a jamais été inquiété. Cela pendant que la République Française continue d’entretenir des liens commerciaux et diplomatiques forts avec la Turquie, sans jamais mettre en question ni la responsabilité de ce dernier dans le génocide des Arméniens de 1915, ni dans sa politique pénale actuelle.

Au lieu de poursuivre des militants de la cause arménienne sur son sol, la France doit cesser d’encourager les agissements intolérables de cet État criminel.

Un geste symbolique et nécessaire

Le geste symbolique de ces deux étudiants a eu lieu dans une université française, lieu qui ne peut laisser place aux falsificateurs de l’Histoire. Cette démarche dénonciatrice doit briser le mur du silence qui est imposé aux citoyens de Turquie, et aux Arméniens du monde. En effet, le négationnisme de l’État turc ne se manifeste que là où se trouvent les Arméniens, comme si le bourreau d’il y a un siècle voulait finir son œuvre en réduisant à néant ou en décrédibilisant la voix portée par ceux qui luttent pour la vérité.

Ce geste est un signal d’alerte dénonçant les vagues de répressions féroces touchant tous les milieux de la société turque. Étudiants, syndicalistes, journalistes, avocats,universitaires, humanistes et opposants au régime, soit tous ceux qui portent en eux l’espoir d’une société démocratique et plus juste sont aujourd’hui plus que jamais les cibles de l’Etat turc.

Ce geste est le reflet de l’exaspération d’une génération face aux refus systématiques de l’Etat turc de faire face à son histoire et de réparer les crimes qu’il a commis et qu’il perpétue. Il mène en effet d’une main de fer une politique d’apartheid à l’encontre des populations arméniennes, kurdes, et alévies.

Le 2 mars 2015, l’ambassadeur de Turquie en France était aspergé de jus de grenade lors d’une conférence sur la laïcité à l’université Paris-Descartes.
cc Hurriyet Daily News

L’impunité est mère du crime et de nouvelles impunités

Ces menaces, agressions, et emprisonnements quotidiens sont intolérables, la ville de Diyarbakir est en état de siège depuis plus d’un an, entourée par des véhicules blindés et la destruction de son centre historique, et d’une partie importante de la ville, par les forces armées turques s’accompagne par l’exécution de toute personne se trouvant sur leur passage sans distinction. Les populations sont prises au piège d’un conflit dont le seul initiateur est le président Erdogan. L’impunité étant mère du crime et de nouvelles impunités, celle de l’État turc pour ses crimes passés encourage ses exactions présentes.

En Turquie, aujourd’hui plus de 200 écrivains sont en prison et des centaines d’étudiants ont subi le même sort ; nous ne les oublions pas. Hrant Dink journaliste turc d’origine arménienne a été assassiné il y a 10 ans, victime du nationalisme turc, pour avoir milité pour la reconnaissance du génocide des Arméniens.

Selahattin Demirtaş, coprésident du Parti Démocratique des Peuples, HDP, troisième parti au sein de l’Assemblée nationale turque, est placé depuis le mois de novembre en détention préventive : il représentait la voix du seul contre pouvoir ayant la capacité de s’opposer au président Erdogan et à la menace qu’il représente pour les droits des peuples vivant en Turquie.

Ayse Acinikli et Ramazan Demir, avocats et défenseurs des libertés, ont été emprisonnés pour avoir exercé leur profession, ce qui leur a valu la qualification de « terroriste ». Comme d’autres magistrats, avocats, syndicalistes, journalistes, académiciens de Turquie, victimes d’une instrumentalisation de la justice de leur pays, ils sont encore poursuivis aujourd’hui. Garo Paylan député du HDP, s’est vu exclure du Parlement pour avoir « osé » prononcer le mot « génocide » concernant les Arméniens.



Alors que ces deux militants seront jugés pour avoir défendu une cause juste, devant un homme dont la fonction l’amenait à nier un crime de masse commis contre les Arméniens, et réaffirmer leur solidarité envers ceux qui luttent pour leurs droits en Turquie, il est plus que jamais nécessaire de rappeler qu’il ne faut pas céder à l’intimidation des Etats et que seule la résistance face à la répression fera notre force.

Faisons de ce procès, le symbole du combat de deux Français d’origine arménienne, descendants des victimes du génocide et qui aujourd’hui réclament justice face à un Etat négationniste. Souhaitons que le 17 octobre 2017 soit une date forte dans la cause arménienne ainsi que dans celle de tous les peuples opprimés.

Pour cela soyons nombreuses et nombreux
le 17 octobre 2017 à 13 heures,
au Tribunal de Nanterre
pour les soutenir lors de leur procès !

Les signataires : Karnig Asfahani, militant des Droits Humains au Liban ; Maxime Azadi, journaliste Firat News Agency ; Éric Bakerdjian président de la LDH Paris 9e ; Nacira Guénif, sociologue, université Paris 8 ; Ayşe Gunaysu, militante des Droits de l’Homme en Turquie, ancienne présidente de l’IDH Turquie ; Apo Jabarian, directeur et rédacteur en chef du journal USA Armenian Life ; Bernard Jouanneau, avocat ; Hayk Konjoryan, journaliste politique et militant en Arménie ; Vilma Kouyoumdjian, journaliste ; Varteni Mosditchian, artiste / peintre ; Doğan Özguden, journaliste et fondateur Info Türk ; Serge Tavitian, avocat ; Arsène Tchakarian, ancien résistant du groupe Manouchian ; Hilda Tchoboian, présidente du centre Covcas ; Pierre Tevanian, enseignant, auteur, co-animateur du collectif Les mots sont importants ; Sylvie Tissot, sociologue, co-animatrice du collectif Les mots sont importants ; Mathieu Zeitindjioglou, réalisateur et cinéaste.

Soutiens : Agir pour l’égalité-SOS racisme Rhône ; Alternative libertaire ; Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône-Alpes ; Association DiasporArt ; Association des Droits de l’Homme de La Sorbonne ; ATIK - YDG France -Nouvelle jeunesse démocratique ; Charjoum- le mouvement ; CGT-Hôtels de prestige et économiques (CGT-HPE) ; Collectif de soutien à Pinar Selek Lyon ; Collectif de soutien aux militants arméniens jugés à Paris ; Collectif Les mots sont importants ; Comité de soutien français à Nor Zartonk ; Commission contre le racisme et les discriminations de l’Institut des Droits de L’Homme en Turquie ; COPEA ; Da – connexion ; Ensemble ! ; Fédération Solidaires étudiant-e-s, syndicats de luttes ; Juives et juifs révolutionnaires ; NPA Paris-VIII ; Nor Zartonk / Europe ; Renaissance Arménienne Paris ; Solidaires étudiant-es Paris-VIII ; Union des Etudiants Communistes Paris-VIII ; Union des Étudiants Kurdes de France, UEKF ; Unión Juventud Armenia de Sudamerica (AYF Amérique du Sud) ; Union locale CGT de paris 8e arrondissement.


Soutien

  • Rassemblement le jour du procès, le mardi 17 octobre 2017 à 13 heures, devant le tribunal correctionnel de Nanterre (179-191, avenue Joliot-Curie, 92020 Nanterre, RER Nanterre Préfecture.
  • Verser une aide financière pour faire face aux frais du procès.
  • Accéder à la page Facebook du comité de soutien

 
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