Désobéir ! Troubler le consensus sécuritaire

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Alors que Sarkozy mobilise toutes ses énergies pour que son nom soit cité quotidiennement dans les médias, il nous semble utile de faire le point sur la nouvelle législation sécuritaire et d’évoquer les tentatives de résistances à la violation étatique des libertés fondamentales.

À l’origine de l’arsenal sécuritaire, la LSQ (Loi sur la sécurité quotidienne, voir notre brochure Libertaires contre l’hystérie sécuritaire, parue en mai 2002.), adoptée dans l’urgence par l’assemblée le 15 novembre 2001, avec comme toile de fond et prétexte les attentats du 11 septembre. Il convient de rappeler la responsabilité majeure de la défunte « gauche plurielle » en ces temps de mémoire « sélective » car avec la LSQ, c’est une véritable boîte de Pandore de l’idéologie sécuritaire qui a été ouverte. N’est-ce pas un sénateur socialiste qui avouait lors du vote de la LSQ : « Il y a des mesures désagréables à prendre en urgence, mais j’espère que nous pourrons revenir à la légalité républicaine avant la fin 2003. »

Depuis, la LSI (Loi sur la sécurité intérieure) de Sarkozy (voir « L’état décrète la guerre sociale », Alternative libertaire, septembre et novembre 2002), adoptée durant l’été 2002, a prolongé l’application de ces mesures d’exception liberticides jusqu’au 31 décembre 2005 ! Cette loi applique ainsi le contrôle social à des pans toujours plus larges de la population, en étendant le fichage actuellement de 7 millions à… 15 millions de personnes !

À la même époque, la loi Perben a été également adoptée en matière judiciaire. Et pour conclure, est lancé un programme de construction d’une trentaine de nouvelles prisons, satisfaisant les appétits financiers des géants de la construction (tels que Bouygues), et qu’un journaliste du Monde a osé comparer à des « hôtels Formule 1 ».

Mais cette hystérie sécuritaire contamine également d’autres champs, notamment celui de l’éducation. Où va-t-on avec les projets délirants du sous-ministre de l’Éducation Xavier Darcos, qui prétend « sanctuariser » les écoles de la République en en faisant de véritables camps retranchés avec clôtures grillagées, vidéosurveillance, systématisation des interventions policières, etc. Dans le même temps, on assiste à des suppressions massives de postes de pions et d’aides-éducateurs. Quand une société a peur à ce point de sa propre jeunesse, il faut craindre le pire !

Enfin, l’avant-projet Perben « contre la criminalité organisée », qui sera présenté en conseil des ministres à la fin février 2003, laisse entrevoir des dérives illimitées telles qu’en Italie : gardes à vue prolongées, perquisitions de nuit, facilitation des écoutes, système de « repentis », « opérations d’infiltrations », etc. Il est également prévu de créer des pôles spécialisés aux pouvoirs étendus, et dans lesquels les pôles financiers actuels risquent de se diluer et donc de disparaître.

À l’épreuve des faits

Pour ce qui est des effets produits par les lois, certains sont difficilement quantifiables, et s’il convient de manier avec prudence les statistiques (émanant essentiellement du ministère de l’Intérieur) et leur écho médiatique, nous devons cependant en faire une lecture critique.

Certains faits sont indéniables : engorgement des prisons avec une augmentation des suicides en milieu carcéral ; multiplication des contrôles aux faciès et opérations coup-de-poing contre les populations habitant dans certains quartiers populaires déjà stigmatisés ; harcèlement policier contre les prostituées qui, du coup, se manifestent ; recrudescence des expulsions des sans-papiers et des victimes de la double peine ; rafles et arrestations de masse dans les bidonvilles de Roms ; fermeture de Sangatte et chasse aux réfugiés ; condamnation à de la prison ferme pour les sans-ticket ; répression accrue contre les syndicalistes exerçant l’action directe ; harcèlement et intolérance vis-à-vis de la jeunesse en difficulté ou hors norme ; descentes dans les squats ; règne de l’injustice pour les victimes de violences policières, etc.

Dans le même temps, les moyens supplémentaires affectés aux forces de répression s’accompagnent de baisse drastique des subventions aux différents services de prévention sanitaire et sociale. Les conséquences politiques sont ainsi sans ambiguïté : le gouvernement Raffarin fait sa priorité d’une politique de guerre sociale ouverte.

Ouvrir des brèches

Face à cette offensive généralisée, les mobilisations sont pour l’instant trop faibles. Dernière mobilisation en date, la manifestation du 15 décembre, qui a rassemblé à Paris un petit millier de personnes, essentiellement des prostitué(e)s, Act-Up, les sans-papiers, le Dal, AC !, les libertaires (FA, No Pasaran, CNT, AL), Ras l’front et quelques éducateur(trice)s du SNPES-PJJ.

La convergence des luttes et leur massification au-delà des réseaux militants reste par conséquent encore à construire. Dans ce sens, les initiatives unitaires locales se multiplient (voir « Dammarie-les-Lys, cité en deuil, cité en résistance » et « Le QI tout répressif de Sarkozy », Alternative libertaire, numéros de septembre et décembre 2002), à la fois pour débattre de l’idéologie sécuritaire et pour faire face aux violences policières, afin de dégager une réflexion collective à contre-courant, et de promouvoir des actions originales et subversives de sensibilisation.

Gabriel L. (AL Paris Est)

 
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