Dico anticapitaliste : Qu’est-ce que le patriarcat ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jacques Dubart.

La lutte des femmes pour l’égalité ne se limite pas à une lutte contre des stéréotypes et des discriminations qui seraient d’ordre culturel. Le patriarcat, c’est un système politique et économique complet, produit de la culture sexiste, solidifié en un système d’us et coutumes, de lois et de codes sociaux. Il repose sur un rapport d’exploitation économique du groupe social « femmes » par le groupe social « hommes » à travers le travail domestique. Ce travail « invisible », non rémunéré, indispensable pourtant à la société, est effectué à plus de 80 % par les femmes. Selon l’Insee, en France en 1999, une femme consacrait en moyenne 680 heures de plus par an que son compagnon aux tâches ménagères, soit 19 semaines en équivalent temps plein…

Historiquement, ce mode de production domestique est antérieur au mode de production capitaliste. Certains anthropologues le retrouvent même dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. Il repose sur la division technique genrée du travail : tandis que certains membres de la société vont chasser, d’autres restent à s’occuper des enfants et sont cantonnés à la cueillette. C’est à partir de cette division du travail que sont constitués les sexes sociaux d’« homme » et de « femme ». Cette antériorité du patriarcat sur le capitalisme, mais aussi sur la propriété privée, induit le fait que la lutte antipatriarcale n’est pas soluble dans la lutte anticapitaliste : elle doit exister par elle-même. Cependant, si le système patriarcal est autonome du système capitaliste, ils sont interdépendants. Il n’est qu’à constater la place des femmes dans le salariat : postes moins rémunérés, temps partiels imposés, chômage plus élevé…

Comme le capitalisme, le patriarcat est constitué d’institutions politiques et d’une idéologie – le sexisme – qui entretiennent une action réciproque avec cette base d’exploitation économique. En effet, les femmes se sont longtemps vues cantonnées à l’espace domestique, privé, et entravé l’accès à l’espace public. Cette situation perdure dans la sous-représentation des femmes en politique. Un peu comme l’idéologie raciste dans son domaine, l’idéologie sexiste - souvent intériorisée par les femmes elles-mêmes - légitime la sujétion du groupe social « femmes » du fait de son identité sociale de genre.

En définitive, le patriarcat s’avère être, comme le capitalisme, un fait social total. Pour le remettre en cause, il faut transformer l’organisation du travail domestique et l’organisation du travail en général, changer les pratiques politiques et agir sur les comportements collectifs par l’éducation.

 
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