Dico anticapitaliste : Qu’est-ce que “ le fétichisme de la marchandise ” ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible

Qu’est-ce que “ le fétichisme de la marchandise ” ?

L’analyse de la marchandise est le point de départ choisi par Marx dans Le Capital (1867) pour critiquer radicalement – à la racine – la société capitaliste. La marchandise n’est pas un simple objet, elle n’est pas non plus anhistorique, elle est propre au capitalisme. Marx analyse d’abord son double caractère, la valeur d’usage et la valeur d’échange. Il décrit ensuite le double caractère du travail, celui utile et celui abstrait qui est la substance même de la marchandise. Puis vient la forme de la valeur et enfin le caractère fétiche de la marchandise et son secret. J. Bidet [1] explique que le marché chez Marx est « une division du travail selon laquelle les travaux des uns permutent contre ceux des autres » et « apparaît aux acteurs concernés comme un système naturel et spontané de permutation entre des choses qui s’échangent entre elles en fonction de leur valeur, sans qu’ils aient prises sur lui ».

Ainsi comme l’analyse clairement Anselm Jappe [2], « dans la société moderne, capitaliste et industrielle, presque toute activité sociale prend la forme d’une marchandise (…) La marchandise est déterminée par le temps de travail nécessaire à sa production. » C’est la quantité de travail qui y est incorporée qui décide de son sort, et non ses qualités concrètes. « Les produits de l’homme commencent ainsi à mener une vie autonome, régis par les lois de l’argent et de son accumulation en capital ».

Du coup le fétichisme est à prendre à la lettre. Selon A. Jappe, les hommes modernes vénèrent ce qu’ils ont produit eux-mêmes, en attribuant aux marchandises une vie indépendante et le pouvoir de les gouverner à leur tour. C’est le mode de fonctionnement réel de la société marchande. « En tant que marchandises, tous les objets et tous les actes sont égaux. Ils ne sont rien d’autre que des quantités plus ou moins grandes de travail accumulé, et donc d’argent. C’est le Marché qui exécute cette homologation, au-delà des intentions subjectives des acteurs. » Marx critiquait d’ailleurs l’économie politique comme donnant un caractère naturel à ce qui ne l’est pas, et ironisait sur ce caractère « mystique ». La logique de la marchandise jette ainsi un « voile brumeux » sur les relations réelles, c’est-à-dire les relations sociales entre les individus.

[1Jacques Bidet, « Paradoxes marxiens de la Marchandise », Actuel Marx, n°34, 2003

[2Anselm Jappe, « Est-ce qu’il y a un art après la fin de l’art ? », palim-psao.over-blog.fr, 2009

 
☰ Accès rapide
Retour en haut