Dossier 68 : Carte : Huit semaines sur le fil du rasoir

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La grève générale dans l’Hexagone.

Les prémices

19 janvier, Caen : l’usine Saviem de Blainville-sur-Orne, se met en grève pour une augmentation de salaire. C’est pourtant une de ces usines implantées en zone rurale, qui recrute de jeunes paysans étrangers à la culture de lutte des ouvriers parisiens.

26 janvier, Caen : 7 000 personnes manifestent contre la répression. Grève totale dans les grandes usines de l’agglomération. Affrontements jusqu’à 5 heures du matin : 36 blessés, 86 arrestations, dont 2 peines de prison ferme.

22 mars, Nanterre : à la fac, meeting de soutien aux personnes arrêtées le 20 mars pour une action contre la guerre du Vietnam à Paris. La présidence de la fac est occupée et le « Mouvement du 22-mars » est constitué.

1er mai, Paris : défilé CGT-PCF-PSU. Les groupes d’extrême gauche (dont l’ORA) tentent de participer à la manif malgré le service d’ordre cégétiste.

L’explosion étudiante

2 mai, Nanterre : branle-bas de combat à la fac où les fascistes du groupe Occident ont promis de faire une incursion, après avoir incendié les locaux de l’Unef à la Sorbonne. Ils ne viennent finalement pas, mais la direction ferme administrativement l’université et 2 000 policiers encerclent le campus. Huit étudiants nanterrois sont déférés devant le conseil de discipline.

3 mai, Paris : meeting de soutien aux Nanterrois dans la cour de la Sorbonne. Alors qu’une attaque d’Occident menace, les révolutionnaires (JCR marxiste révolutionnaire, UJCML maoïste, ORA anarchiste) organisent la défense de la Sorbonne. Le recteur fait évacuer la fac par la police. Premières interpellations, premières manifestations, premiers gaz lacrymogènes, premiers jets de pavés. En tout, 596 interpellations. Le soir, alors que la plupart des révolutionnaires sont en garde à vue, le Quartier latin est transformé en champ de bataille.

4 mai : appel à la grève illimitée de l’Unef et du SNE-Sup. Suspension des cours à la Sorbonne.

6 mai : grèves et manifestations contre la répression dans de nombreuses universités. À Paris, affrontements violents avec la police, plus de 400 arrestations.

7 mai : 60 000 personnes manifestent dans 10 villes universitaires, dont 40 000 à Paris. Affrontements à Montparnasse : 434 arrestations. Premières émeutes à Toulouse.

9 mai : le mouvement s’étend en province, notamment à Nantes, Rennes, Strasbourg, Toulouse. À Lyon et Dijon, des ouvriers se joignent aux manifestations étudiantes.

10 mai, Paris : « nuit des barricades » au Quartier latin.

11 mai : vu la tournure des événements, les centrales syndicales CGT, CFDT, FO et Fédération de l’Éducation nationale (FEN) doivent appeler à une journée de grève nationale. Occupation de la fac de Censier. La fac de Strasbourg se déclare autonome.

La classe ouvrière entre en scène

13 mai : la grève nationale est peu suivie, sauf dans le Sud-Ouest, l’Ouest et les Alpes. La CGT et le PCF parviennent parfois à rejeter des manifestations les étudiants, traités de provocateurs, comme à Lille et Forbach. Apparition et multiplication des comités d’action (CA).

14 mai : l’étincelle vient de Claas, à Woippy (Moselle), et de Sud-Aviation, à Bouguenais (Loire-Atlantique), qui sont les premières usines à partir en grève illimitée avec occupation. Bientôt les grèves vont se répandre comme une traînée de poudre, en-dehors de toute consigne syndicale confédérale.

16 mai : le mouvement de grève et d’occupation s’étend et touche la SNCF, la RATP, Air France, la télévision, Renault-Flins, puis la très emblématique usine Renault de Billancourt.

17 mai, Paris : marche du Quartier latin à Billancourt. La CGT ferme l’usine et empêche le contact ouvriers-étudiants.

18 mai : la grève est désormais générale (3 à 6 millions de grévistes). Le pays est paralysé.

19 mai, Paris : les grève s’étendent. Première assemblée générale des CA à la Sorbonne. Le festival de Cannes est annulé.

20 mai : sommet de la grève générale, avec 10 millions de grévistes. Les comités d’action lycéens occupent les lycées. Le gouvernement envisage pour la première fois de faire appel à l’armée.

23 mai, Paris : nouveaux affrontements au Quartier latin. Les radios n’ont plus le droit de faire des reportages en direct.

Les staliniens rassurent De Gaulle

24 mai : manifestations de paysans dans toute la France. À Nantes se constitue un comité central de grève qui se substitue quasiment aux pouvoirs publics, c’est la « Commune de Nantes ». Barricades à Strasbourg et émeutes très violentes à Lyon – un policier tué. Mais les manifestations pacifiques de la CGT rassurent le pouvoir sur la volonté des staliniens de ne pas aller plus loin. Dans la soirée, affrontements très violents à Paris – un mort.

25 mai, Paris : ouverture des négociations de Grenelle. Le PCF et la CGT n’attendaient que la main tendue du pouvoir pour mettre fin aux événements.

27 mai, Paris : au meeting du stade Charléty, l’Unef, le PSU et la CFDT tentent de poser Pierre Mendès-France en alternative à De Gaulle. À Renault-Billancourt, les grévistes rejettent les accords de Grenelle que le secrétaire général de la CGT, Georges Séguy, est venu défendre en personne.

29 mai, Paris : de Gaulle est allé à Baden-Baden s’assurer du soutien des troupes françaises basées en Allemagne. Pendant ce temps, des manifestations organisées par le PCF et la CGT dans toute la France (jusqu’à 800 000 personnes à Paris) réclament un « gouvernement populaire ». Le message est clair : la gauche veut une solution à la crise sur le terrain institutionnel. Le pouvoir va s’empresser de saisir la perche.

Le pouvoir reprend la main

30 mai, Paris : de Gaulle dissout l’assemblée. 300 000 gaullistes défilent sur les Champs-Élysées et réclament le retour à l’ordre. L’Humanité invente que l’armée a concentré 100 000 hommes autour de Paris.

1er juin, Paris : l’Unef, de plus en plus isolée, manifeste aux cris de « élections, trahison ».

1er-3 juin : l’essence revient.

5 juin : début de la reprise à EDF-GDF, dans les mines, la sidérurgie et chez les travailleuses et travailleurs de l’État.

6 juin : reprise à la RATP, à la SNCF et dans la Fonction publique. Alors que L’Huma titre « reprise victorieuse du travail dans l’unité », de nombreusses usines poursuivent le mouvement que les staliniens ont lâché. Les CRS occupent l’usine Renault de Flins.

7 juin, Flins : affrontements violents autour de l’usine Renault. De Gaulle, qui cherche l’appui de l’extrême droite, gracie les membres de l’OAS emprisonnés depuis la guerre d’Algérie.

10 juin, Flins : alors qu’il y a encore un million de grévistes, Gilles Tautin, un lycéen maoïste, meurt noyé lors des affrontements de Flins. Manifestation spontanée et émeutes au Quartier latin.

11 juin, Sochaux : la police investit l’usine Peugeot : 18 heures d’affrontement, 2 ouvriers, Pierre Beylot et Henri Blanchet, sont tués.

12 juin : reprise des cours dans les lycées. Le gouvernement interdit toute manifestation et dissout 11 organisations d’extrême gauche.

18 juin : reprise du travail dans l’automobile et dans la métallurgie. Au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Saclay (Essonne), les salariés se sont organisés en conseils qui perdureront jusqu’à l’automne.

23 et 30 juin : élections législatives qui marquent une poussée gaulliste et un recul du PCF et des socialistes.


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