Dossier planète insoumise : Moyen-Orient : Champ de batailles, Champs de résistances

Version imprimable de cet article Version imprimable


Bouleversé par les guerres impérialistes et civiles, le Moyen-Orient est un des révélateurs des effets du nouvel ordre international post-guerre froide. Il est devenu le champ de bataille principal des intentions hégémoniques états-uniennes sous couvert de « choc des civilisations » [3].

Les ressources naturelles du Moyen-Orient, comme sa situation de carrefour d’échanges économiques et culturels, en font l’un des terrains privilégiés des impérialismes d’hier et d’aujourd’hui et du colonialisme, en ce qui concerne l’occupation de la Palestine par Israël et celle de l’Irak par les États-Unis. C’est bien en gardant ce contexte à l’esprit que nous avons choisi dans ce dossier de diriger notre regard vers des luttes sociales qui sont autant de formes de résistances à la domination politique et à l’exploitation économique dont se nourrissent les conflits géopolitiques et dont les classes populaires font les frais. Derrière le drame des guerres chroniques et des affrontements armés pour l’accès au pouvoir, qui renforcent les courants réactionnaires religieux et communautaristes, la violence sociale « ordinaire » s’articule à la violence armée. Si les mouvements sociaux sont durement touchés par ce contexte, ils n’en sont pas morts pour autant et ont besoin de visibilité et de solidarité.

Retour sur la Palestine

Il existe en Palestine de nombreuses initiatives non violentes en parallèle de la résistance armée. L’auto-organisation des villageois et villageoises de Bili’n contre le mur et les colonies en témoigne. Constitué-e-s en « comité populaire » indépendant des partis et pratiquant l’action directe non violente, les habitant-e-s de Bili’n manifestent tous les vendredis contre le mur, épaulé-e-s par des militants et des militantes anti-sionistes israéliens et du monde entier. Malgré la violence de l’armée israélienne et des colons, ils continuent de perturber la construction du mur et la confiscation des terres. L’action commune avec des réseaux de solidarité comme International solidarity movement et Anarchists against the wall ou les Campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP) en France constitue une protection qui doit se renforcer.

D’autres formes de résistance et de contestation irriguent le mouvement social palestinien. Les centres culturels, les associations féministes, les associations de soutien aux prisonniers et prisonnières créent des réseaux d’expression sociale et politique et de désobéissance civile. Ils peuvent par ailleurs avoir de fait une double fonction : espaces de contestation de l’occupation et de cohésion villageoise ou de quartier, ils travaillent dans le même temps les rapports sociaux au sein la société palestinienne. Le mouvement syndical palestinien maintient, autant que possible dans ces conditions, un rapport de force avec les dirigeant-e-s économiques et politiques, mais aussi avec les autorités tant israéliennes que palestiniennes sur le double front des luttes liées au travail – et au chômage – et à l’occupation israélienne. On se souvient par exemple des manifestations et des grèves de 2005 à Gaza ou encore à Ramallah.

Des luttes en essor

Le Moyen-Orient n’est pas épargné par les restructurations mondiales du capitalisme. Les dictatures qui achetaient aussi la paix sociale avec des politiques de plein emploi et de subventions des produits de base disparaissent ou se transforment pour s’adapter au « néo-libéralisme ». Dans ce contexte, on assiste à une multiplication des luttes sociales dans toute la région, surtout en Iran et en Égypte. Dans ce premier pays, les luttes ouvrières se combinent aux luttes contre la dictature religieuse, pour l’égalité homme-femme et pour la libération des mœurs [1]. En Égypte, la privatisation générale des nombreuses entreprises publiques de l’époque de Nasser provoque, depuis la fin 2004, des vagues de grèves sauvages qui font trembler la dictature de Moubarak. Dans l’espoir de briser cette dynamique, l’État a le plus souvent cédé partiellement aux exigences ouvrières sans parvenir, jusqu’à présent, à les museler. En décembre 2006, la grève victorieuse des 24 000 travailleurs et travailleuses de l’usine textile de Mahallah Al-Kubra a donné une nouvelle impulsion aux luttes. Dans les mois qui ont suivi, les grèves se sont propagées dans le textile, mais aussi les cimenteries, l’automobile, le rail... Aujourd’hui, les travailleurs et travailleuses cherchent à se coordonner indépendamment du syndicalisme légal inféodé à l’État.

Les libertaires sont très peu nombreux au Moyen-Orient, et il semble que seul le Liban et Israël connaissent un début de courant organisé [2]. Mais les mouvements sociaux qui s’y développent peuvent créeer des conditions favorables à l’émergence d’un courant libertaire lutte de classes.

Corinne (AL Paris Nord Est) et Hervé (AL Marseille)

Liens utiles :
- Village de Bili’n
- CCIPPP
- On trouve aussi des infos sur les luttes sociales au Moyen-Orient sur le site Web communiste libertaire britannique www.libcom.org (en anglais) et dans la partie Échanges et mouvement du site www.mondialisme.org

[12. Le numéro 14 d’Offensive (mai 2007) donne un aperçu des résistances sociales et du féminisme en Iran.

[23. Voir Alternative libertaire de juin, numéro 163.

[31. Cette « théorie » raciste, prônée notamment par Huntington, sert de paravent aux opérations américaines au Moyen-Orient. Voir entre autres l’article d’Alain Gresh dans Le Monde diplomatiue : http://www.monde-diplomatique.fr/2004/09/GRESH/11390.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut