syndicalisme

E-travail : le Turc mécanique d’Amazon

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Croyez-vous que, dans l’économie numérique, toutes les tâches les plus répétitives, monotones et stupides soient effectuées par des robots ? Que nenni. Ce sont bien des êtres humains qui, pour 3 francs 6 sous, effectuent ce travail. Amazon est à la pointe de ce système que, pour sa part, la multinationale a baptisé Mechanical Turk.

À l’origine, le « Turc mécanique » (voir ill. ci-dessous) est un automate qui était présenté dans toutes les cours d’Europe à la fin du XVIIIe siècle, et qui était réputé pouvoir jouer aux échecs et vaincre des adversaires de chair et d’os. L’astuce était que les joueurs qui pensaient avoir affaire à un automate affrontaient en fait un nain caché à l’intérieur du mécanisme et qui actionnait les bras du pantin.

Amazon s’en est inspiré, non sans ironie, pour qualifier ces petites mains invisibles vendues aux employeurs : ce sont en fait des humains qui réalisent des tâches dont on s’attend à ce qu’elles incombent à des robots, tâches profondément inhumaines mais qu’aucun algorithme n’est en mesure d’accomplir efficacement, les HITs, Human Intelligence Tasks.

Le Mechanical Turk, créé par Amazon en 2005, réunit un demi-million de travailleurs et travailleuses répartis sur 190 pays, et propose en permanence quelques 350.000 tâches fragmentées à accomplir. La fédération syndicale allemande IG-Metall a diffusé quelques témoignages qui donnent un idée de la réalité de ce travail : « Je travaille sur Mturk ».

Ainsi de ce témoignage recueilli auprès d’un turker états-unien, le 3 novembre 2015 :

Je peux travailler aussi dur que possible et faire de mon mieux, fournir des résultats de très haute qualité, et pourtant ne pas être payé si un employeur décide de ne pas me payer, pour quelque raison que ce soit. Je peux voir mon travail volé par un arnaqueur, et il n’y a rien à faire contre ça. Je peux voir mon compte suspendu à n’importe quel moment, sans raison, et il n’y a rien que je puisse faire. Je suis dans un état de constante trépidation, de stress, et par conséquent de paranoïa, parce qu’en dernier lieu, je suis impuissant.

Marco (AL Paris nord-est)


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Gravure de Wolfgang Kempelen
 
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