Echanges anticapitalistes : LCR : « Après la fausse gauche, nous voici donc face à la vraie droite »

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S’appuyant sur les demi-mesures et les grands dégâts de la première, la seconde engage une forte offensive contre les classes populaires.

L’obsession sécuritaire ne relève pas du seul discours démagogique, elle vise concrètement un certain nombre de catégories sociales et, polarisant la politique, elle représente un accompagnement autoritaire d’une régression sociale dont on ne saurait sous-estimer ni l’ampleur ni la vigueur.

Service public, 35 heures, emploi, retraites… Le Medef a quitté les tables rondes pour prendre directement en main les manettes gouvernementales. Tandis que Sarkozy, sur le terrain des libertés, s’active pour faire rentrer dans le rang les jeunes, les pauvres, les syndicalistes… La préférence pénale, l’abandon du social et le laminage des libertés (sauf celle d’exploiter et de licencier) : ainsi va le libéralisme dur !

Et ce dans un contexte international des plus dramatiques : sous couvert de « guerre contre le terrorisme », l’administration Bush est déterminée à mener une nouvelle guerre contre l’Irak, et Sharon s’estime autorisé à humilier et à écraser le peuple palestinien.

Combattre la politique du gouvernement CRS et la politique de guerre de l’impérialisme au Proche-Orient : tels sont les défis brûlants qu’il faut relever.

À l’heure où les partis de l’ex-gauche plurielle ne parviennent pas à lever le nez hors de leur défaite, une responsabilité importante repose sur les organisations qui, conscientes des enjeux de la situation, sont déterminées à poursuivre un combat qu’elles n’ont jamais suspendu pour cause de responsabilités gouvernementales.

Participer et construire les mobilisations les plus puissantes pour défendre le service public, les retraites, l’emploi et les libertés…

Nous savons que dans ces combats, nous allons nous retrouver. Le débat entre nous relève aussi d’une plus haute ambition. En effet, au-delà de la nécessité de faire front et de riposter ensemble aux coups qui viennent du gouvernement et du patronat, le problème est posé d’une modification du rapport de forces d’ensemble. Ce qui passe par un changement des équilibres à gauche. Face au désarroi que développent les partis de l’ex-gauche plurielle, qui préparent le terrain à de nouvelles formules politiques reconduisant les vieilles recettes de la collaboration de classes, il est nécessaire et possible de dessiner la perspective d’une politique de réel changement de société. Qu’on l’appelle « force nouvelle anticapitaliste » ou autrement, le problème est bien celui du rassemblement de ces dizaines de milliers de militants qui aspirent à une politique radicale, qui seraient prêts à s’engager pour la défendre, mais qui ne se reconnaissent pas dans les organisations existantes, même les plus sympathiques.

Certaines de ces organisations comprennent cette défiance, et sont prêtes à opérer les transformations nécessaires pour la surmonter et se donner les moyens de changer cette situation. Si tel est bien, comme il semble, votre cas et le nôtre, nous pouvons agir ensemble en ce sens.

Pour nous, la proposition de « forums pour une gauche anticapitaliste » répond à cette préoccupation. Il ne s’agit pas d’ajouter des réunions à d’autres, avec pour objectif de se renforcer. Cela, chacun le fait, légitimement, de son côté, à partir de ses propres initiatives. L’idée est de co-organiser, avec tous les courants et individus qui en sont d’accord, les cadres de débats permettant d’engager un travail de fond.

Il ne s’agit pas d’aller à marche forcée vers la proclamation d’une nouvelle organisation. En tout état de cause, les conditions n’en sont pas réunies, et le problème n’est pas de décider quoi que ce soit avant cette confrontation. Le souci est bien d’entamer une réflexion collective à même d’impliquer toutes celles et tous ceux qui se posent cette même question d’une perspective politique nouvelle à gauche, pour changer la donne, poser les jalons pour une force politique nouvelle radicale, populaire, anticapitaliste…

Comment impliquer de nouveaux acteurs pour faire naître de nouvelles possibilités de changement social ? Le récent Forum social de Florence vient de confirmer quel potentiel d’énergie politique, de volonté de changer le monde existe, en particulier dans la jeunesse. Comment développer, favoriser les convergences, aider à l’élaboration d’un projet politique cohérent et mobilisateur en phase avec ce potentiel… Voilà ce dont il faut débattre.

Nos deux organisations, de par leurs traditions différentes, libertaires et marxistes révolutionnaires, leurs acquis et leurs prises de distance avec une part de leurs héritages, peuvent apporter une contribution originale en montrant quelle collaboration est possible entre elles, et quelles synergies cette dernière est susceptible de faire naître.

Francis Sitel, membre du bureau politique de la LCR

 
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