Échos d’Afrique : Centrafrique, une domination contrariée

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En Afrique centrale, la France est confrontée à un problème d’hégémonie. La Centrafrique, vaste pays pauvre au cœur du continent, historiquement sous l’emprise de la France, a des velléités d’émancipation. Depuis quelques mois, un concurrent de taille se place auprès du pouvoir de son président, Faustin Archange Touadéra  : la Russie.

À la faveur d’une levée partielle de l’embargo qui pèse sur le pays depuis la guerre civile de 2013, la Russie a livré des armes à l’armée centrafricaine à la barbe des français. Mais Moscou ne s’est pas arrêté là. La Russie en a profité pour envoyer sur place une poignée de formateurs militaires mais surtout, au moins 170 instructeurs «  civils  », en réalité des mercenaires à la solde de la société Wagner, qui intervient aussi dans les conflits en Syrie et en Ukraine. Une aide peu désintéressée, une entreprise proche des mercenaires ayant obtenu des droits d’exploitation des diamants, principale richesse du pays. Un conseiller à la sécurité est aussi placé à la présidence, à un poste historiquement occupé par des généraux français. Pire, la Russie bouscule le jeu diplomatique français en torpillant le processus de sortie de crise de l’Union africaine, approuvé par Paris, en tentant d’ouvrir un espace de négociation en dehors de ce cadre avec les groupes armés sévissant dans le pays. Enfin, la France accuse les Russes d’être derrière une campagne de presse antifrançaise.

Pour autant celle-ci n’a pas dit son dernier mot. Début novembre, Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères (et ancien ministre de la défense, à ce titre gestionnaire de la crise centrafricaine sous François Hollande), a sorti les grands moyens pour revenir dans le jeu. En voyage officiel à Bangui, la capitale centrafricaine, il a amené dans ses bagages la promesse d’une nouvelle livraison d’armes, de la part de la France cette fois, mais surtout, de 24 millions d’euros destinés «  à l’aide au développement et à l’humanitaire  ». Pas suffisant pour le président Touadéra semble-t-il, celui-ci ayant écarté peu de temps après Charles Armel Doubane, le très francophile ministre centrafricain des Affaires étrangères pour le remplacer par Sylvie Baipo Temon, réputée proche de Moscou.

Le peuple centrafricain reste le grand perdant de ces luttes d’influences internationales. La majeure partie du pays demeure sous la coupe de groupes armés plus ou moins en lutte entre eux et contre le pouvoir central, avec le lot de violence et d’exactions que cela entraîne pour les populations civiles. C’est bien tout le malheur de ce territoire que d’être, de part sa position, un lieu privilégié d’affrontements de puissances étrangères, que ce soit entre les puissances colonisatrices ou entre ses turbulents voisins  : Tchad, Congo-Brazzaville ou Soudan. La guéguerre franco-russe n’est qu’un énième avatar de cette triste réalité. Comme le dit si bien le proverbe  : «  quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit  ».

Un.e militant.e de l’association Survie

 
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