Ecole publique : Un beau pactole à partager

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La rentrée 2013 vient de marquer un grand bond en avant vers la privatisation de l’éducation nationale. La réforme des rythmes scolaires a beau passer discrètement, elle cache des enjeux considérables.

Au lieu de rajouter simplement une demi journée de classe en école primaire (qui avait été supprimée sous le règne de Sarkozy en 2008, soit, sur l’ensemble d’une scolarité, l’équivalent d’une demi année en moins), les enfants « bénéficient » d’une heure d’activités diverses de 15h30 à 16h30, sous la responsabilité (et le budget) des communes. Dans les quelques communes qui ont souhaité appliquer cette réforme dès 2013, c’est généralement un foutoir sans nom : enfants laissés sans activité pendant 1 heure, enfants déplacés d’un lieu à l’autre (sans que les parents soient informés…), etc. [1]

Afin de rogner sur les coûts salariaux, aucune formation n’est exigée pour le personnel encadrant les enfants : bénévoles, parents, retraité-e-s, personnel de mairie, etc.

Le nerf de la guerre

Et puis, il y a des « mécènes » à l’affût : Total, fleuron du Cac40, a gentiment octroyé quatre millions d’euros pour financer cette réforme (en plus des 12,7 millions donnés pour aider à la formation et à la mobilité des jeunes). Il faut dire que Total fait partie de ces entreprises qui cherchent depuis déjà quelques années à agir sur la jeunesse :

– 50 millions pour le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse qui finance des projets innovants (insertion professionnelle, décrochage scolaire,…).

– Financement de l’association Sport en ville qui vise à insérer les jeunes par le sport.

– Distribution de livres payés par la fondation Total aux écoles de certains départements (des Lettres de mon moulin à une bande dessinée sur l’énergie).

Porte ouverte

Les maires chargés de mettre en place cette réforme croulent sous les courriers proposant de prendre en charge ces 4 heures par semaine, moyennant naturellement une juteuse rémunération : entreprises de soutien scolaire, associations sportives, églises, association d’éducation populaire (qui, après avoir perdu l’essentiel de leurs subventions, voient là un moyen de survivre). L’archevêque de Paris rêve du grand retour des patronages puisqu’il a demandé aux paroisses d’élargir leur offre de catéchisme (avec ramassage des enfants et goûter intégrés) pour bénéficier de cette réforme.

Et naturellement, les enseignants et enseignantes sont priés de laisser à disposition leurs salles de classe pour certaines de ces activités : pour conforter entrée du privé dans l’école publique, on ne pouvait pas faire beaucoup mieux, d’autant plus qu’il est parfaitement possible de faire payer les parents pour ces activités ! On imagine le pactole que certains espèrent en tirer. Mais la contestation, à Paris notamment, et les finances limitées de nombreuses communes pourraient bien refroidir les ardeurs de tous ces rapaces.

Gaby (AL Alsace)

[1Voir le récit détaillé concernant Bondy sur le blog des communistes libertaires du 93 : www.libertaires93.org

 
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